RAPPORT


Contre un discours pétainiste s'attachant à la « politique de réduction des risques »

 

 

François NICOLAS
membre du Collectif anti-crack,

habitant du quartier Stalingrad

 

 

 

 

Après un vaste tour d'horizon des pratiques et discours à propos de la drogue et du crack (1), il me semble nécessaire de recentrer le débat autour d'une simple question : Oui ou non, se déclare-t-on contre le crack ? Il y a là une ligne de partage des consciences (individuelles ou collectives) qu'il convient de rétablir. Je pensais qu'une position contre le crack et plus généralement contre la drogue allait de soi. Il m'est apparu que tel n'était pas le cas, en raison de l'importance d'une ligne d'action sur les questions de drogue s'intitulant « politique de réduction des risques » dont le principe déclaré n'est plus d'être contre la drogue mais de faire avec elle. Être contre le crack ou être avec lui (ce qui n'est pas exactement être pour lui) : il y a là plus qu'une nuance mais un abyme qu'il convient de redessiner et face auquel chacun doit, me semble-t-il, se prononcer.
Pour ma part, je me déclare contre la drogue, et en particulier contre le crack et, à ce titre, je me déclare en désaccord avec le discours de la dite « politique de réduction des risques ». En quel sens ?

 

I. POURQUOI SE DIRE AUJOURD'HUI « CONTRE LE CRACK » ?

Le crack, la drogue plus généralement, s'accorde au nihilisme contemporain dont la conviction propre est : « Plutôt vouloir le rien que ne rien vouloir ! Plutôt l'intensité d'une autodestruction que la mièvre survie petite-bourgeoise ! Plutôt l'éclair et la fureur du chaos que la grisaille ronronnante ! »
En ce sens, la drogue n'est pas seulement affaire de parcours individuels mais a pour contexte porteur une situation socialement dévastée et politiquement défaite : quel enthousiasme ce pays est-il en état d'offrir aujourd'hui à sa jeunesse ? Il faudra bien faire l'histoire politique de cet abaissement pour comprendre pourquoi le contexte est devenu ce qu'il est. Il faudra faire cette histoire pour comprendre de quelle sourde défaite de la pensée politique procède ce nihilisme comme tout nihilisme. Et s'il est devenu l'horizon collectif de notre société, il faudra comprendre pourquoi l'amour, la musique, les sciences et la pensée politique émancipatrice ne semblent plus en état de convaincre les jeunes qu'il y a bien quelque chose plutôt que rien, qu'il est possible de vouloir quelque existence dense et flamboyante sans se consumer dans la drogue, que l'intensité d'une existence amoureuse, d'une aventure créatrice, d'une épopée collectivement pensante et agissante sur le monde vaut la peine d'être vécue là où, il est vrai, l'horizon d'un consumérisme libéral et individualiste ne se distingue guère d'un degré zéro d'existence, d'un rien subjectif, d'une lente mort insignifiante.
S'il n'y a pas à s'aligner sur le nihilisme ambiant, s'il est toujours possible d'éduquer des enfants en leur présentant un monde certes sombre et injuste mais qui n'en attend que plus leur énergie et leurs facultés créatrices, il est alors loisible et nécessaire de se déclarer contre la drogue, contre le crack, et non pas de se résigner à faire avec. C'est à ce titre que je me suis personnellement dressé, avec bien d'autres, dans les rues de notre quartier.

 

II. QUE VEUT DIRE AUJOURD'HUI « ÊTRE CONTRE LE CRACK » ?

Cela tient en quatre points.

1. Se prononcer contre la cocaïne
L'État doit se battre contre le produit cocaïne et contre son trafic (interdiction, destruction, contrôle, etc.). C'est bien sûr un combat difficile, sans doute sans fin, comme l'est d'ailleurs le combat plus général contre le crime. Serait-ce là une raison acceptable pour ne plus le mener ?

2. Se prononcer contre les dealers
La société doit lutter sans pitié contre les dealers.
Quelques déclarations sur ce point.
· Un drogué : « Je n'ai plus de pitié pour les trafiquants. » (2)
· Un prêtre : « J'ai un regard très dur, même en tant que prêtre, pour ceux et celles qui osent tuer à petit feu des vies humaines par la 'drogue'. » (3)
· Un anthropologue : « Quand on rencontre des individus comme les dealers, on a l'impression qu'aucune dose de 'justification historique' et de 'victimisation structurelle' ne peut les excuser des conséquences de leurs actions de parasites souvent violents et autodestructeurs. Ce sont toujours les individus qui sont responsables. » (4)
Chalamov, qui a connu le monde du crime dans le goulag, écrivait : « Carthage doit être détruite. Le monde des truands doit être anéanti ! » (5). On doit en dire autant du monde des dealers.
Pour donner une idée de la taille de ce « monde », il semblerait (6), sous l'hypothèse d'un vendeur pour dix consommateurs, qu'il y aurait en France entre 16 000 et 30 000 revendeurs de drogues dures (aujourd'hui les héroïnomanes se compteraient en France par centaines de milliers et les crackers par milliers).
Il convient de rappeler que, bien sûr, dealers et drogués font deux, ce qui est amplement démontré.
Une sophistique voudrait faire croire qu'il n'y aurait pas lieu de distinguer dealers et drogués. Elle argumente pour ce faire de l'existence d'un certain nombre de degrés intermédiaires entre les deux extrêmes (le drogué qui deale un peu / beaucoup /..., le dealer qui se drogue un peu / beaucoup /...). Mais qu'il y ait des mixtes n'interdit nullement, tout au contraire, d'opposer deux pôles. À ce compte, il n'y aurait pas lieu de distinguer riches et pauvres dans une société puisqu'il existe des classes moyennes qui ne sont ni tout à fait les uns, ni tout à fait les autres...
Petite description phénoménologique. Rappelons ce qui saute aux yeux d'un simple habitant confronté à une « scène » de crack :
· Le dealer fournit le quartier en drogue. Il est en bonne santé, d'une corpulence ordinaire et d'une apparence plutôt sportive. Il est relié à sa bande (rabatteurs, surveillants, hommes de main...) (7). Il se tient sur ses gardes, regarde sur les côtés et surveille ses arrières. Il est arrogant vis-à-vis des habitants et les dissuade de pénétrer dans son fief.
· Le cracker vient chercher sa marchandise. Il fouille le sol du regard, en quête d'un objet imaginaire (8). Il est décharné, porte un sac en plastique et ressemble à un SDF. Il circule seul ou en couple (9). Au moment de l'échange, il a le regard tourné vers son dealer et vers les mains qui lui procurent la came. Face à son dealer, il est indifférent à l'habitant qui passe (10).
Bref, impossible même au profane, de les confondre.
Lutter sans pitié contre les dealers veut dire : les dénoncer, les disperser, les pourchasser, les arrêter, les empêcher de nuire. C'est un travail de la population (pour les isoler, les repousser de l'espace public du quartier) et un travail ordinaire de police (nul besoin pour cela de régime d'exception).

3. Se prononcer pour une prévention des nouvelles générations
Il faut assécher la demande de drogues.
Quelques indications sur le caractère déterminant de la demande de drogue :
· « Quand il n'y aura plus de malades pour en acheter, le trafic de la drogue cessera aussitôt de lui-même. Inversement, aussi longtemps que le besoin existera, on trouvera quelqu'un pour le satisfaire. » William Burroughs (11)
· « Ma conviction est qu'actuellement nous n'avons guère d'autres moyens de faire cesser ce marché qu'en luttant pour éliminer progressivement la consommation. » Pierre de Parcevaux (12)
· Le livre précédemment cité de Pierre Kopp rappelle (13) que l'offre mondiale de drogue dépasse très largement la demande dans les pays « occidentaux » (elle lui est deux fois supérieure pour la cocaïne et vingt fois supérieure pour l'héroïne !). Ceci indique certes l'importance de la consommation de drogues dans les pays du Tiers-monde mais également que chez nous, c'est bien la demande qui régule l'offre, non l'inverse. D'où le peu d'effet des saisies sur la quantité de drogue disponible dans les pays occidentaux... (14)
Assécher la demande de drogues passera essentiellement par la non-entrée sur ce marché de nouveaux consommateurs, essentiellement de nouvelles générations (15).
La prévention est donc ici essentielle. Il est patent qu'il ne s'agit pas principalement ici d'information (quoique celle-ci soit bien sûr nécessaire) mais bien d'être capable d'enthousiasmer la jeunesse pour autre chose que la simple « survie » : la prévention doit associer une positivité à sa dénonciation de la drogue ; elle doit proposer et pas seulement s'opposer. Affaire donc de chacun, individuellement ou collectivement, et pas seulement de tel ou tel service public.

4. Se prononcer pour aider les crackers à s'en sortir
Si être contre la drogue signifie bien être contre les dealers, par contre cela ne signifie pas à proprement parler être contre les drogués.
Il va de soi que les toxicomanes doivent être soumis à la loi commune, qu'ils ont les mêmes devoirs que tout un chacun et qu'ils doivent subir les mêmes conséquences répressives de leurs actes (délits et crimes éventuels) que tout un chacun.
Mais il faut également une aide particulière pour chacun d'eux afin de l'aider à s'en sortir. Tout indique que le parcours d'un toxicomane à partir du moment où il commence à se droguer jusqu'au moment où il touche le fond et peut alors espérer trouver en lui les ressources suffisantes pour vouloir vraiment s'en sortir est très long. Comme le parcours pour s'en sortir est presque aussi long que celui pour s'enfoncer, c'est plus de dix ans de misère matérielle et subjective qu'un toxicomane doit traverser pour sortir du nihilisme (16). Une aide personnalisée est ici précieuse.

« Malades » ?
Il n'y a pas lieu me semble-t-il de considérer tous les toxicomanes comme des « malades ». Sans doute certains peuvent être des malades psychiatriques et relever donc de la clinique psychiatrique (17). Beaucoup ont, il est vrai, des maladies opportunistes (des infections, effets collatéraux de leurs pratiques addictives) mais cela n'en fait pas des malades au titre de la drogue.
Ce point est visiblement apprécié différemment par les héroïnomanes américains devenus écrivains :
· William Burroughs écrit : « Les drogués sont des malades totalement incapables de changer leur comportement. » (18).
· Mais Philip K. Dick écrit par contre : « L'abus des drogues n'est pas une maladie ; c'est une décision, au même titre que la décision de traverser la rue devant une voiture lancée à vive allure. » (19).
Voir de même le point de vue d'un drogué relevé dans le livre de Pierre de Parcevaux (20) : « Le problème ne relève pas de la médecine. »
Il semble à tout le moins préférable d'en appeler d'une responsabilité possible du toxicomane plutôt que de son impuissance accomplie. Puisque les 3/4 des toxicomanes ne relèveraient pas, au titre de leur seule toxicomanie, de la médecine psychiatrique, il n'y aurait nullement lieu de médicaliser à outrance le problème de la toxicomanie.
S'il faut donc récuser l'équation « toxicomane = malade », le drogué relève d'une aide sociale (plutôt que sanitaire ou médicale) au titre de sa toxicomanie. Cette aide peut être individuelle (travail ouvert de rue) ou collective (travail fermé en local privé). Elle a comme horizon la sortie de l'addiction, même s'il est bien légitime d'accueillir n'importe quel toxicomane, de renouer un lien avec lui non par un discours « contre » mais par le versant d'un « pour » quelque chose, d'une proposition positive : pour la propreté, pour une responsabilité vis-à-vis des autres, pour pouvoir se regarder à nouveau dans un miroir, mais aussi pour se remettre à écrire, pour faire du théâtre et que sais-je d'autre encore...
Ma conviction en cette matière est que les discours sur « les drogués », « les toxicomanes », tendant à les voir comme groupe social plus ou moins homogène, sont en vérité néfastes. Ils ne servent à rien, ne pensent rien. Ce qu'il convient, c'est d'aider un drogué, et un autre et encore un autre à s'en sortir.
Dire qu'on l'aide pour s'en sortir indique bien que cette aide reste alors prise dans la logique générale d'un « contre la drogue ». On va voir que tel n'est plus toujours le cas dans notre pays.

« Victimes » ? D'eux-mêmes !
Si le toxicomane n'est pas ipso facto un malade, il n'est pas non plus ipso facto une victime.
Certains pourtant voudraient le laisser croire, par des phrases telles celles-ci : « Les procédures de mises à l'écart des structures ne font que renforcer l'exclusion sociale dont [les usagers de drogues] sont déjà victimes. » (21) Pourtant si les toxicomanes sont exclus, c'est avant tout parce qu'ils se sont exclus du jeu social : si les habitants rejettent les toxicomanes c'est parce que ceux-ci les menacent et les agressent (22). C'est le toxicomane qui s'exclut lui-même en attaquant la collectivité ; et si l'on n'affronte pas cette réalité, comment alors envisager une réelle logique de réinsertion qui ne passe pas à côté du problème ?
Ce problème se retrouve entier quand il faut bien constater que le risque pris par le toxicomane n'est que faiblement minoré par une intervention extérieure (23) attestant ainsi que le risque est bien inhérent au choix de vie du toxicomane, que ce n'est donc pas un risque qui lui serait imposé de l'extérieur (par la société, la police, les habitants qui seraient « méchants » avec lui), mais bien parce que cette prise de risque semble le principe même (et l'intérêt) de son geste, ce qui en fait le sel, ce qui pimente l'auto-empoisonnement.
Ce qui donne un sens à la drogue pour qui s'y enferme semble être d'une part l'intensification d'une existence ordinaire jugée terne (le flash dont la brièveté compense le reste du temps passé à attendre) et d'autre part le fait, paradoxal, que la drogue confère ainsi un sens à toute l'existence du drogué.
William Burroughs (qui était héroïnomane) dit tout cela fort bien (24) :
« On devient drogué parce qu'on n'a pas de fortes motivations dans aucune direction. La came l'emporte par défaut. » (p. 16)
« La came n'est pas, comme l'alcool ou l'herbe, un moyen de jouir davantage de la vie. La came n'est pas un plaisir. C'est un mode de vie. » (p. 17)
« Le fait qu'on ait besoin de la came est le plaisir en soi. Le plaisir qu'on tire de la came est de vivre sous sa loi. » (126)
« Quand on arrête, tout paraît terne, mais on ne peut oublier le rituel de la piqûre, l'horreur passive de la came qui semble concentrer toute vie dans le bras, trois fois par jour. » (p. 175)
Voir également Pierre de Parcevaux, parlant d'un drogué : « Tous ses actes d'autodestruction ou de destruction tout court, il en était fier ; enfin il existait par ou pour quelque chose. » (25)
Ceci indique bien qu'il s'agit ici de nihilisme : plutôt la loi du rien que pas de loi, plutôt le sens de la mort que pas de sens.
Ceci indique également qu'on ne saurait opposer à cette victoire de la drogue (par défaut) une simple position également par défaut, c'est-à-dire « faute de mieux » : ainsi le projet de gérer de manière « responsable » des actes dont le principe est précisément d'être volontairement irresponsables comme la perspective de limiter les risques d'actes dont la signification intrinsèque est d'être la prise de risques, sont également absurdes. (26)
Je soutiendrai donc qu'il faut se tenir à la fois contre la drogue et face aux drogués (plutôt qu'avec eux). Faire face au drogué, c'est le rappeler à ces exigences minimales sans lesquelles le rapport instauré avec lui ne peut qu'être instrumenté par lui.
Somme toute, il y aurait donc quatre positions, et quatre seulement (hypothèse de travail) :
1. Contre la drogue et contre les drogués (position que je dirai extrémiste) ;
2. Contre la drogue et face aux drogués (la position que je défends) ;
3. Avec les drogués (et dans ce cas, on ne pratique plus en vérité le contre la drogue car on a choisi de faire avec...)
4. Pour la drogue (position des dealers)

Donc quatre axes : lutter contre le crack, c'est lutter contre la cocaïne, contre les dealers, pour prévenir l'entrée de nouvelles générations et pour que ceux qui y sont déjà enfermés s'en sortent.
­
Le point étrange et pour moi étonnant, point que j'ai découvert à l'occasion de cette mobilisation, est que tout le monde ne partage pas les orientations précédentes, qui me semblaient pourtant constituer une sorte d'évidence, et je ne parle pas là, bien sûr, de ceux qui trafiquent et qui seraient sans doute les seuls à se déclarer ouvertement pour le crack. Je parle ici des tenants de la dite « politique de réduction des risques ».

 

III. QU'EST-CE QUE LA « POLITIQUE DE RÉDUCTION DES RISQUES » ? (27)

Un faire avec la drogue, dominant en France depuis 1995
C'est une politique, initiée en 1992 (28) et triomphante à partir de 1995 (29), qui se propose de ne plus lutter contre la drogue au nom du fait que ceci serait impossible, que les batailles antérieures auraient toutes été perdues, et qu'il faudrait aujourd'hui faire avec les drogues comme on fait déjà bien avec les alcools, les tabacs, etc.

Une logique qui vise bas...
Cette politique semble l'avoir emporté par défaut plutôt que par excès. Elle thématise qu'il faut viser bas puisqu'on ne saurait viser haut. Elle prône la logique du « bas seuil » : on s'adresse au toxicomane sans intention déclarée de l'en sortir (d'où alors qu'il n'y a même plus lieu de lui demander si lui veut s'en sortir puisque tel n'est plus l'objectif de l'action sociale) mais dans le but d'accompagner sa dépendance (son addiction) en sorte que celle-ci n'entraîne pas de maux collatéraux, de maladies opportunistes (infections...). Cette politique se légitime d'une idéologie du moins, du peu et du bas : du moindre mal, de la limitation des dégâts, du « faute de mieux », du pragmatisme et du réalisme devant un état des choses déclaré sans issue, d'une gestion technique de ce qu'on dit ne pas savoir combattre, d'une canalisation d'un mal considéré comme inévitable, de la pensée faible et impuissante...
On peut ainsi s'étonner de l'argument placé en tête de la brochure officielle de la Mission Interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie : « Une société sans drogue, ça n'existe pas ! ». Peut-être bien, mais que voulez-vous dire par ce genre de platitude ? Qu'il n'y a donc plus qu'à faire avec ? Ne s'agit-il pas, de manière implicite, de décourager ce que veut dire aujourd'hui lutter contre la drogue et la toxicomanie (ce qui est pourtant dans le titre explicite de la dite MILDT !) pour prôner un accommodement, pour encourager un renoncement ? Ne pourrait-on dire tout autant - vérités non moins plates - « Il n'y a pas de société sans crime, il n'y en a jamais eu. » « Une société sans vol, ça n'existe pas ! » ? Et alors ? Cela déqualifie-t-il la lutte à mener contre le crime et le vol ?
Quand Kant prescrit : « Que jamais l'éducation des enfants ne se fasse en fonction du seul état présent, mais aussi du possible meilleur état à venir de l'humanité » (30) il indique bien qu'on ne saurait éduquer la jeunesse (et ne s'agit-il pas de cela dans la brochure de la MILDT ?) en limitant le possible a ce qu'il y a déjà mais bien en lui offrant des perspectives pour bouleverser cet état de fait, surtout quand ce dernier est révoltant...
Mais il est vrai que le beau mot d'éducateur (celui qui apprend à faire face) est lui-même raturé, abandonné, pour celui par exemple de médiateur (31). Que gagne-t-on réellement à cette substitution si ce n'est, une fois de plus, un obscurcissement de la pensée ? Le médiateur, par définition, symétrise les positions, dissout le face-à-face, évite la confrontation, biaise les conflits lesquels sont pourtant générateurs de vérité sur les gens et les situations. Et la vérité du toxicomane est quand même qu'il s'est rendu esclave de la drogue. A biaiser cette vérité, à symétriser la confrontation habitant / toxicomane, on gomme le réel du problème : le toxicomane s'empoisonne et empoisonne par là la vie des gens !

Un discours introduit sous couvert de lutte contre le sida
Le discours dit de réduction des risques l'a emporté en « profitant » de la lutte contre le sida : il a utilisé l'urgence créée par l'épidémie du Sida pour se glisser « sous » cette lutte
Cf. Henri Bergeron (op. cit.), en vrac :
- « C'est le sida qui introduit la logique de la réduction des risques en Grande-Bretagne vers le milieu des années 80. Les Anglais ont considéré que la diffusion du sida était une menace plus importante pour la santé de la nation que ne l'est l'abus de drogue. » (page 9)
- « À l'exception des Pays-Bas, les changements ont été adoptés sous la menace du sida. » Anne Coppel (page 11)
- « À partir de la fin des années 80, on montre l'efficacité des programmes méthadone dans la réduction de la diffusion du sida. » (page 248)
- « Au moment où il meurt chaque jour un toxicomane sidéen de plus, soigner la toxicomanie à proprement parler est un luxe, affirment les contestataires à la politique des soins. » (page 279)
- Médecins du monde : « Le projet d'ouverture de places de méthadone ne se situe plus dans un objectif thérapeutique par rapport aux problèmes de la dépendance mais vise de manière quasi exclusive la prévention du VIH et l'accès aux soins des toxicomanes vivants avec le VIH. » 18 mai 1993 (page 286)
- « La libéralisation de la vente de seringue (décret du ministère de la Santé du 13 mai 1987 : Mme Barzach) fut présentée non comme une mesure concernant le soin de la toxicomanie mais comme une mesure de lutte contre le sida. » (page 243)
Faut-il préciser : si le Sida fut combattu chez les toxicomanes, c'est en raison de leur forte capacité épidémique (d'où un danger pour la population française qu'il fallait à juste titre contrôler) et parce que les soins en matière de Sida coûtent cher (en France tout du moins : on sait qu'aujourd'hui l'Afrique est privée des traitements auxquels elle a droit et que les campagnes pour la prévention en Afrique dissimulent qu'on laisse mourir les millions d'Africains qui sont déjà malades...) (32) : soit un malade du sida non seulement coûte cher (fût-il drogué) mais il peut transmettre son mal à d'autres.
L'argumentation économiste (en termes de coût social) de la « politique de réduction des risques » revient à dire : le coût social du sida est trop fort pour qu'on continue de laisser les drogués courir des risques en matière de sida. Finalement, laissons-les se shooter et se détruire mais évitons qu'ils attrapent le sida car cela coûterait cher à la société.
D'où que cette maladie du sida ait été une double catastrophe pour les drogués : non seulement comme pour tout individu attrapant cette maladie, mais aussi parce qu'on a alors choisi de les laisser enfermés dans leur addiction : sevré de l'héroïne par des produits de substitution, le drogué doit ensuite se sevrer de ces produits de substitution, lesquels servent d'ailleurs d'entrée dans la drogue pour de plus en plus de nouveaux consommateurs (33).
Bref, le toxicomane circule d'un cercle « hygiénique » de l'enfer à un autre sans qu'on n'affronte plus avec lui la difficile exigence de l'aider à s'en sortir...
Sida et drogue font deux, et lutter contre le Sida n'est pas lutter contre la drogue, et vice versa (34).
Qui plus est, l'efficacité de cette « politique de réduction des risques » en matière de prévention du Sida semble toujours discutée (35). Elle n'est, semble-t-il, pas statistiquement avérée. Et quant à son efficacité en matière de sortie de la drogue, n'en parlons pas : elle est d'autant plus indécelable (36) que l'objectif déclaré de cette politique n'est précisément pas de faire en sorte que les drogués puissent se sortir de la toxicomanie (37). D'où que cette politique ne sache en fin de compte répondre par des arguments d'efficacité à l'autre politique, celle du tout répressif que pratiquent avec constance et brutalité les États-Unis : politique coûtant sans doute moins cher (il semble moins cher de construire des prisons et de payer des gardiens que de construire des centres d'accueil et de payer des travailleurs sociaux), sacrifiant sans doute toute une génération de crackers (38) mais aboutissant ensuite à un retournement sensible de la demande. L'un des méfaits les plus patents du discours sur la « réduction des risques » est ainsi d'enfermer le débat dans la vieille alternative simpliste : tout répressif ou tout libéral, les prisons ou les maisons closes (du shoot) (39), bref la reprise du bon vieux moteur à deux temps (droite-gauche) qui instrumente peurs et angoisses de la population, lui barrant l'horizon et lui interdisant de penser et d'agir.

Un nouveau vocabulaire et une nouvelle rhétorique
Cette « politique de réduction des risques », pour assurer son hégémonie, met en place un nouveau vocabulaire ad hoc. Une pièce essentielle de cette entreprise consistant à réviser les noms établis conduit à bannir les mots drogué ou toxicomane pour avancer celui d'« usager de drogues ».
- « Il a fallu produire une autre représentation du phénomène 'drogue' : parler d'usage de drogue plutôt que de toxicomanie » (40)
- « Le vocabulaire change : on parle de risques sanitaires, de stratégies palliatives, de toxicomanes rationnels, de moindre mal, de santé publique, d'accueil dit de bas seuil, d'usagers de drogue, etc. Ce que certains appellent les indicateurs rhétoriques. L'expression 'usager de drogue' reflète ainsi une position idéologique qui oppose une conception ascétique de la liberté conçue comme un progrès vers la maîtrise de soi, une lutte contre les aliénations à une conception libérale et individualiste. » (41)
Les arguments pour cela sont multiples : il s'agirait de ne pas dévaloriser le toxicomane, de ne pas altérer un peu plus la mauvaise image qu'il a de lui-même par une étiquette dévalorisante, de restaurer par une nomination neutre la possibilité de reconstituer un minimum d'honneur de soi... Oui, mais cet honneur de soi, à réinventer plutôt qu'à consolider, doit-il précisément s'édifier contre la consommation de drogues ou avec elle, doit-il être rebâti sur la base d'un « usage de la drogue » ou contre lui ? La part mésestimable du drogué pour lui-même ne tient-elle pas précisément à son enfermement dans la drogue ? Lui proposer comme horizon de rester dans la drogue sans plus y être enfermé, n'est-ce pas dessiner une fausse fenêtre ? Ne faut-il pas de l'extérieur soutenir que l'horizon de liberté du toxicomane est dans la sortie de la drogue plutôt que dans une consommation réglée, gérée, socialisée de ces poisons ? Et s'il faut en effet le nommer individuellement de telle manière qu'il ne se sente pas enfermé dans sa situation actuelle, ne faut-il pas alors le nommer tout simplement Monsieur X ou Madame Y, c'est-à-dire sans référence à son état de toxicomane, en en appelant de cette part de lui-même qui n'est pas corrompue par la drogue ?

Un objectif déclaré : la gestion responsable de la consommation
Il est d'usage d'opposer une consommation huppée de drogues festives (milieu du show-biz, etc.), consommation non excluante et parfois même socialisante (un peu comme celle des hippies dans les années 60-70 ou celle des raves aujourd'hui) à une consommation qui exclut, celle des paumés, celle de la drogue du pauvre (le crack).
Mais s'il ne s'agit pas de lutter contre la consommation de drogues, s'il s'agit essentiellement que « l'usager de drogues » apprenne à gérer sa consommation pour ne pas attraper de maladies opportunistes et ne pas se désocialiser, ceci voudrait-il dire que l'objectif de la « politique de réduction des risques » serait en vérité de transformer tous les paumés du crack en « citoyens » de la cocaïne ? Et serait-ce là vraiment un idéal, apte à remplacer le nihilisme, ou ne serait-ce pas plutôt là, en ce point d'arrivée curieusement idéal d'une consommation « responsable » de drogues, que se situe le véritable nihilisme d'aujourd'hui ?

L'économisme, comme habillage techniciste de l'abaissement
« Gestion rationnelle » se dit de nos jours « optimisation économique », et l'on retrouve bien, en cette affaire, nos économistes prêts à « dealer » leur argumentaire : « L'économique insiste sur une vision rationnelle du recours aux drogues (stratégie de survie économiquement rationnelle). L'usage de drogues devient susceptible d'une régulation fondée sur une optimisation économique. » (42)
Un économiste (43) nous déploie crûment la justification ainsi construite :
- « Aux Pays-Bas, l'objectif fixé à la politique publique n'est pas de limiter le nombre de consommateurs mais bien le montant agrégé du dommage social causé par la drogue. » (44)
- « L'idéal d'une société parfaitement abstinente est impossible à atteindre. Il convient alors d'accepter d'évaluer les nouvelles mesures exclusivement à l'aune de leur impact sur le coût social. » (45)
- « L'État doit-il respecter la 'souveraineté du consommateur' ? La réponse à une telle question ne doit pas reposer sur un quelconque a priori idéologique, mais sur la démonstration que la société gagnerait en bien-être. » (46)
- « La politique antidrogue doit avoir pour objectif de réduire le coût social engendré par la drogue et supporté par la société. Ainsi chaque politique doit être évaluée selon sa capacité à réduire les effets négatifs de la drogue sur la société. Si une politique permet de limiter le montant des dégâts de la drogue, elle doit être retenue, sinon il faut la rejeter. » (47)
Soit : une mesure susceptible de faire faire des économies à la société, de limiter le coût global sera dite - bien sûr sans aucun « dogmatisme », sans aucun « jugement moralisateur » et dans une complète transparence « idéologique » - politiquement souhaitable ! Chacun pourra apprécier ce que donneraient, jugées à cette aune, les politiques sociales en matière d'handicapés, de personnes âgées, de grands malades, etc.
Ce traitement économiste d'une question - Comment aider les toxicomanes d'une société à sortir de leur enfer ? - qui ne l'est nullement organise la démission des consciences au nom d'une idéologie nihiliste : celle du libéralisme économiste.

« Sans risques » : qu'est-ce à dire ?
Est-il juste de fixer comme horizon à l'« usager de drogues » une gestion sans risques de sa toxicomanie (remarquons la contradiction dans les termes !) ou ne faut-il pas tenir, contre vents et marées, que l'objectif est la sortie car le « risque » majeur est bien d'être sous l'emprise de la drogue, dans la compulsion aliénante ? Faut-il, par les nominations, neutraliser le sens dégradant de la dite « consommation » (48) ou ne faut-il pas maintenir le nom sévère de la dure réalité ? Le toxicomane est attaché à s'empoisonner (c'est quand même bien le sens du mot toxique, qui n'a pas tisane ou camomille pour synonymes...), et il s'agit précisément de l'aider à s'en sortir.
Comment des personnes dont on suppose qu'elles ne sont pas elles-mêmes toxicomanes, qui ne sont donc pas (on le suppose) enfermées dans cet univers et qui ne souhaitent en aucun cas (on le suppose) y tomber elles-mêmes, comment des personnes qui (on le suppose) ne souhaiteraient à aucun prix que leurs propres enfants ou leur frère ou leur ami y tombent - car elles savent bien qu'il ne s'agit pas là d'un simple « usage » de drogues (comme on peut user de mouchoirs en papier, d'after shave ou d'un ordinateur : de la drogue, on n'use pas mais on est usé : c'est la drogue qui vous use, et le cracker, en vérité, est un cracké) -, comment ces personnes peuvent-elles dissimuler le vrai problème ? Et où est le bénéfice d'un tel mésusage planifié des mots si ce n'est emmêler la pensée et tétaniser les consciences ?
Prenons l'exemple d'une petite plaquette sur le crack distribuée aux « usagers de drogues » par un centre parisien. Qu'y lit-on ? « En respectant toutes les règles d'hygiène qui suivent, tu pourras éviter, non seulement les abcès, mais aussi d'autres problèmes de santé. » (49) Pourquoi ne même plus évoquer LE problème sanitaire majeur de cette affaire : la toxicité du crack ? Pourquoi prétendre que respecter l'hygiène permettrait d'éviter les problèmes de santé liés au crack quand il s'agit là d'un empoisonnement ? Le déni du caractère toxique de cette affaire est patent là où rien pourtant ne devrait faire obstacle à rappeler son importance...

Nouveau sens du mot prévention...
La prévention dont il est alors question dans cette « politique » concerne non plus la prévention de l'usage de drogues (il ne s'agit nullement de prévenir les gens, et en particulier les jeunes, de se droguer) mais de prévenir les maladies annexes pouvant se greffer sur la consommation de drogues. Il s'agit donc d'encourager une « consommation sans risques », mais qui reste une consommation de drogues ! L'ambiguïté manifeste de la proposition est bien là : encourager le « sans risques » de la consommation, c'est laisser entendre qu'un empoisonnement sans risques serait possible. (50)
Donnons un tour de vis supplémentaire au problème : la prévention des risques ne devrait-elle pas éviter les risques pour les habitants avant de le faire pour les toxicomanes ? Somme toute, le toxicomane choisit de s'en prendre à lui-même, et il n'y a aucune raison pour que cela génère des risques pour ceux qui n'ont rien choisi.
Exemple concret : un programme parisien d'échanges de seringues calcule
1) qu'il distribue plus de 130 000 seringues par an,
2) qu'il n'arrive à en récupérer que moins de 20 %. (51)
Au total, cela veut dire que l'on met ainsi dans la nature 100 000 seringues par an, soit près de 300 par jour ! Comme tout ceci se passe dans un seul quartier, on devine aisément les conséquences en termes de seringues traînant dans les rues et menaçant les enfants et autres habitants. Est-il juste que la prévention des risques pour les toxicomanes génère ainsi de nouveaux risques pour ceux qui n'y sont vraiment pour rien ?
Et quand ce même centre écrit : « L'implantation d'un programme d'échanges de seringues sur un espace donné n'est pas sans générer d'éventuelles nuisances » (52), ne s'agit-il pas d'un euphémisme puisqu'il faudrait plutôt écrire sans générer à l'évidence de graves nuisances ?

Une dépénalisation du crack de facto
La « politique de réduction des risques » énonce : il a bien été possible de socialiser l'usage de l'alcool, et cela a pris des dizaines d'années. Pourquoi ne serait-ce pas possible pour les drogues, même si cela prend également des dizaines d'années ?
Il y a en fait à l'oeuvre dans tout cela une logique de dépénalisation de toutes les drogues et donc du crack, non seulement de leur consommation (le fait de ne pas condamner ceux qui en consomment) mais également de leur trafic (autorisation, dans certaines conditions légales, du commerce). Il est vrai que l'alcool et le tabac sont dépénalisés tout en faisant l'objet d'une stricte réglementation de leur vente (débits spécialisés, interdiction de vente à la jeunesse, restriction de la publicité, etc.) et de leur consommation (conduite au volant, campagnes publiques de prévention, etc.).
Qu'il faille en venir à une certaine dépénalisation est en effet peut-être inévitable pour les drogues dites douces (si la distinction drogues douces / dures a véritablement un sens, ce que je ne sais). Le point qui me semble en tous les cas clair c'est que certaines drogues seront toujours interdites, car leur empoisonnement est trop patent et il me semble établi que le crack relève nettement de cette catégorie. D'ailleurs la dépénalisation de l'alcool (sa non-prohibition) ne conduit nullement à autoriser n'importe quel alcool : à preuve l'interdiction toujours en cours de l'absinthe que personne ne semble contester étant donnée la dangerosité de ce produit. Si personne n'envisage de tolérer la consommation de l'absinthe, pourquoi alors faudrait-il tolérer la consommation du crack ? Et si l'on ne peut entièrement l'empêcher, ce n'est nullement une raison pour le tolérer : on peut continuer de lutter pied à pied, avec les moyens du bord, et résister sans céder sur des principes : qu'une lutte soit difficile n'interdit nullement de la prolonger, tout au contraire ; cela prescrit d'autant plus l'importance de la poursuivre !

Une cohérence fondée sur une double exigence
Le dispositif de la « politique de réduction des risques » établit en fait sa cohérence sur une double exigence :
- l'organisation pragmatique de centres de consommation de drogues ;
- l'impératif idéologique d'un consensus.
Je dois déclarer mon opposition à ces deux dimensions.
1) Je ne vois pas comment il serait possible de s'accommoder d'usines à shoots, de centres de consommation de crack. Ce n'est pas simplement une question formelle de lois : on sait qu'il peut y avoir tout à fait constitutionnellement établissement de lois illégitimes et scandaleuses (voir chez nous les lois de Vichy, ou celles de 1933 en Allemagne, toutes votées dans les règles constitutionnelles et entérinées par le silence d'une majorité dans la population...). C'est une question de fond : peut-on organiser, codifier l'auto-empoisonnement ? Et y aura-t-il alors des médecins pour s'assurer que le shoot n'entraîne pas de mort subite, comme il y a eu des médecins pour s'assurer que la tension des torturés ne dépassait pas un seuil critique ? Et les médecins qui, depuis des millénaires, font serment de ne pas inculquer de poison à leurs patients vont-ils désormais parjurer cet engagement ? Le pragmatisme le plus plat et le plus cynique argumente en général pour l'abject : c'est bien au nom de la logique du moindre mal et d'un « la fin justifie les moyens » qu'on essaye de justifier l'injustifiable (tortures, eugénisme, euthanasie, etc.). Va-t-on maintenant inventer un empoisonnement citoyen (sans infection et overdose), et des dealers citoyens livrant un toxique citoyen, en conformité à un label NF ?
2) L'impératif d'un consensus relève ici d'une tentative de « mouiller » les habitants d'un quartier en les prenant par leur point subjectif le plus bas.
Procès d'intention ? Lisons !
· « Les habitants confrontés au problème de l'usage se posent la question de la pertinence de lieux de consommation pour les usagers. Ceci non pour des raisons idéologiques mais tout simplement pratiques : ils préfèrent que les usagers consomment dans des lieux appropriés et prévus à cet effet avec un encadrement adéquat plutôt que de manière sauvage dans les cages d'escaliers ou dans l'espace public. » « Face à cette suggestion récurrente des habitants confrontés aux problèmes d'usages dans leurs immeubles, les pouvoirs publics doivent, à notre sens, réfléchir sérieusement à l'implantation de ce type de structures dans l'espace urbain à l'échelle parisienne et mettre en place un espace de confrontation afin de recevoir l'assentiment des populations dans la recherche de solutions négociées et non imposées. D'autre part à l'intérieur de ces lieux, il convient de mettre en place des équipes capables d'aider les usagers à gérer le mieux possible leur consommation. » (53)
· « Les difficultés posées aux habitants de différents quartiers, je pense entre autres à Stalingrad, appellent un certain nombre de réponses et nous souhaitons que celles-ci soient les plus complètes possibles. [...] Si l'on ne veut pas que les usagers se retrouvent dans l'obligation de se piquer dans les cages d'escaliers, il faut ouvrir des lieux adéquats, des salles de consommation. [...] Monsieur le Maire, quand seront ouvertes des salles de consommation ? » (54)
· « Il faut ouvrir des lieux d'accueil pour les toxicomanes, [...] mais aussi des lieux où les toxicomanes peuvent consommer leurs produits en toute sécurité et ne sont plus contraints de se shooter ou d'inhaler du crack dans des cages d'escalier, sur des trottoirs, dans des squares... Il faut aussi avoir le courage d'aller plus loin dans cette politique de réduction des risques. Comme dans d'autres villes européennes, nous devons essayer de casser le marché de la drogue en fournissant les substances aux toxicomanes qui ne peuvent ou ne veulent décrocher et/ou entrer dans un programme de substitution. Ainsi nous leur permettrons d'échapper aux pratiques délinquantes (trafics, vols, agressions...) ou à la prostitution utilisées par ces exclus pour se procurer chaque jour les centaines - voire les milliers - de francs nécessaires pour acheter les produits dont ils dépendent. [...] C'est aussi le meilleur moyen pour éviter que le trafic de drogues et la toxicomanie ne détruisent certains de nos quartiers et rendent difficile - pour ne pas dire impossible - la vie de milliers de parisiens qui ont pour seul tort d'habiter ou de travailler dans des quartiers trop longtemps laissés à l'abandon. » (55)
Il est clair en cette affaire que les habitants du quartier Stalingrad - comme de tout autre quartier - pourront se laisser tenter par la perspective d'installer en lointaine banlieue des salles de shoot si ceci les débarrasse des tracas quotidiens afférant au trafic et leur garantit la tranquillité à laquelle ils ont bien droit. Et il est facile de les tenter, d'en appeler d'un lâche agrément sur ce point pour peu qu'ils ne voient rien de ces salles de shoot, n'entendent plus parler des crackés et se bouchent tranquillement yeux et oreilles sur ce que l'État organise plus loin avec la complicité de certains dealers, leur fournissant des patentes pour alimenter le centre en poison « consommable »... Mais on peut aussi considérer qu'un habitant du quartier Stalingrad ne pense pas tout du point étroit de son paillasson et que rétablir un quartier où l'on se sente habiter ensemble, dans l'interaction de toutes ses composantes, ne peut valablement s'engager par le bas (par un consensus abaissé pour la concentration du sordide dans des enfers éloignés) et qu'il faut, là aussi, et même pour un quartier, et surtout pour un quartier populaire dirais-je, viser haut.

 

IV. LA « POLITIQUE DE RÉDUCTION DES RISQUES » : UN PÉTAINISME DES CONSCIENCES

Si le discours de la « politique de réduction des risques » est bien celui-ci : « Les batailles contre la drogue ont été perdues. Celle contre le crack l'est tout autant. Il faut faire avec l'occupation du territoire par les drogues. Renommons travailleurs sociaux ceux qui collaborent avec le phénomène pour limiter la casse. Dénigrons ceux qui résistent comme utopistes indifférents aux dégâts faits dans la population et comme extrémistes dangereux. Il faut faire avec la débâcle et qui n'accepte pas de se couler dans la logique du moindre mal doit être suspecté d'engendrer un mal plus grand encore. Survivons en gérant chacun nos addictions plutôt que vivons intensément en nous en désaliénant et en nous libérant ! Plutôt esclave du crack que mort ! », alors ne faut-il pas nommer cela une pétainisation des consciences ?
Le pétainisme ne prend jamais la forme d'un « pour » : d'un pour le crack en notre cas (pas plus qu'il n'a pris, en 1940, la forme d'un « pour » le nazisme). Sa définition est d'être l'abandon d'un « contre » au titre d'un réalisme abaissé du « faire avec ».
Que cette pétainisation puisse aujourd'hui s'afficher sans état d'âme n'empêche nullement qu'elle soit réfutable et qu'il y ait lieu de s'y opposer. Car cette hégémonisation l'emporte, comme toute opération de ce type, par défaut. C'est un consensus mou et un peu veule qui convainc par démobilisation de la population plutôt que par sursaut subjectif. Ce type de consensus ne l'emporte que parce que rien ne se dresse face à lui pour déclarer une autre volonté. En l'occurrence peut se dresser, doit se dresser la conviction qu'il est possible de lutter contre le crack, et que cela requiert aussi le combat de la population d'un quartier comme le nôtre. Bien sûr, ce combat a une dimension mondiale, engageant les États. Bien sûr nous n'allons pas, de Stalingrad, bouleverser le cours du monde (encore qu'avec un nom pareil, on ne sache jamais !). Mais nulle raison là pour acquiescer à l'ordre criminel du crack lequel, comme tout ordre criminel, pèse en premier lieu sur les gens du peuple et les quartiers populaires : une chose est l'état du monde, autre chose est d'y consentir. Et si l'on ne peut changer immédiatement l'ordre du monde, on peut à tout le moins changer le rapport qu'on entretient au monde, et dire son désaccord, et descendre avec d'autres dans la rue pour le dire, etc.

 

Rappels


Il s'agit là de crimes, non de petits délits.


Le trafic de crack est criminel, faut-il le rappeler.
Cf. Bourgois (56) : « Je n'avais jamais entendu parler du crack avant d'arriver dans ce quartier. Personne alors ne connaissait cette substance, composé friable de cocaïne et de bicarbonate de soude transformé en boulettes fumables, qui n'était pas encore disponible en quantités industrielles sur le marché. À la fin de l'année, la plupart de mes amis, voisins et connaissances étaient emportés dans le cyclone ­ multimilliardaire en dollars ­ du crack : ils en vendaient, en fumaient et ne pensaient qu'à ça. En le suivant, j'ai pu observer l'envolée du taux d'homicide dans les grands ensembles en face de mon immeuble délabré : la zone était devenue l'une des plus meurtrières de Manhattan. »
Si la seule consommation est juridiquement délictueuse, cependant elle induit globalement une organisation de type criminelle. Et une dépénalisation éventuelle du crack n'y changerait rien : c'est intrinsèquement que cette drogue détruit, génère des crises de démence et tue. Ce n'est pas « la faute à » la société ou aux habitants accueillant mal les usagers !
L'accommodement au crime, l'idée même qu'il serait légitime de composer avec le crime au nom d'un adoucissement du sort des victimes, que les pouvoirs publics devraient s'engager dans une politique de collaboration aux crimes pour mieux réduire les risques collatéraux, n'est-ce pas Vichy qui a emblématisé ces convictions dans ce pays ? Et l'on retrouve bien aujourd'hui sur notre affaire ce sinistre horizon des « camps » à l'écart des regards où se tramerait le sordide, ce fallacieux prétexte d'adoucir le sort des prisonniers de la drogue en collaborant avec le crime. Et tout ce pétainisme des consciences et des pratiques, toute cette porosité de la société et de l'État au crime organisé de s'habiller aujourd'hui d'un label citoyen ! Le beau changement !


La consommation de crack est un empoisonnement.


Quelques citations, à bonne école, pour rappeler ces évidences qu'on ne devrait pas avoir à rappeler.
· « Les conséquences de la consommation de crack forment une spirale infernale qui transforme les individus 'en l'ombre d'eux-mêmes' à la vitesse grand V. » (57)
· « Les ravages causés par le crack sont considérables. » « Le crack détruit les mécanismes physiologiques ainsi que les fonctions du sommeil et le désir de se nourrir. » « Les usagers de crack deviennent très vite paranos. » Un drogué : « La drogue, c'est quand même une grande souffrance » Un cracké : « Le crack, c'est un truc infernal. » Un cracké : le crack, « ça détruit complètement le cerveau. » (58)
· « Toxicomane, c'est-à-dire prisonnier » (59)
· « Si j'avais pu prendre ne fût-ce qu'une seule décision, celle-ci aurait été : plus de came, jamais plus. » (60)
Comment après cela peut-on écrire par exemple ceci : il est « important de construire une relation de non jugement sur la consommation » (61) de drogues et ce dans un rapport s'adressant à des non-toxicomanes ? Ainsi il n'y aurait même plus à « juger » cette consommation comme étant un empoisonnement ! Et rappeler que la consommation de drogue est toxique (tautologie !) relèverait d'un jugement moralisateur qu'il s'agirait de « déconstruire » (62) !

 

Précision
Dois-je ajouter ? Beaucoup de gens rencontrés (63), qui travaillent concrètement avec des crackés, dans une attention à la fois compatissante et fraternelle, me sont apparus comme des gens bien, dont le travail en vérité n'est pas correctement théorisé ou réfléchi par le discours de la dite « politique de réduction des risques ». Ce que font de bien les travailleurs sociaux auprès de tel toxicomane, les médecins auprès de tel drogué, tout cela ne relève d'ailleurs pas d'une politique à proprement parler, moins encore de la dite « politique de réduction des risques », mais plutôt d'un travail social et sanitaire relativement classique, équivalent somme toute à celui que des éducateurs peuvent faire auprès de jeunes dans la rue, que le Samu Social peut faire auprès de sans domiciles fixes, que telle ou telle association caritative peut faire auprès de vieux abandonnés, etc.
La récollection de ces pratiques concrètes d'accueil et de soutien aux crackés par le discours de la « politique de réduction des risques » me semble ici néfaste et instrumenter le réel de ces pratiques, tel que j'ai pu en juger, au service d'une conception désabusée, impuissante, défaite, abaissée et abaissante.

 

DÉSACCORD

C'est en désaccord avec cette conception que je me déclare, là où il convient plus que jamais de se déclarer contre le crack et d'agir collectivement en conséquence. Que ceci passe par un vaste effort des gens de ce pays sur toutes les questions sociales et collectives et pas uniquement par un effort policier ou des initiatives des pouvoirs publics, ce qu'il en est d'une véritable prévention en matière de crack suffirait à en attester. Et il n'est pas envisageable de gagner un combat contre le crack si la situation subjective de ce pays ne se redressait pas : combattre le nihilisme qui s'organise dans le crack ne pourra relever que d'un mouvement global et de forte ampleur, non d'une opération de police, aussi nécessaire soit-elle par ailleurs, ni non plus d'une vision technicienne des problèmes.
Il nous revient donc, à nous habitants des quartiers concernés, d'inventer comment continuer durablement le combat contre le crack au-delà des embrasements mêlant dans la rue les différentes composantes de la population et remettant ainsi au travail police et municipalités : si l'État doit faire son travail, c'est cependant aux gens de ce pays d'inventer ce que pourront être les nouvelles consciences sociales et politiques aptes à affronter ces temps de nihilisme.


Notes

(1) Voir en annexe la liste des responsables et institutions rencontrés.
(2) in Pierre de Parcevaux : Un prêtre chez les drogués, - Fayard 1986, page 58
(3) id. page 71
(4) Philippe Bourgois : En quête de respect. Le crack à New York (Seuil - collection Liber, 2001), page 89
(5) Varlam Chalamov : Essais sur le monde du crime (Gallimard ­ Arcades) page 168
(6) Pierre Kopp L'économie de la drogue (La Découverte - Repères, 1997) page 104
(7) Un cracker : « Les dealers passaient en groupes, ils ne travaillent jamais tous seuls. » « Les dealers, ils ne prennent pas du crack. Enfin les vrais dealers. » Extraits d'une étude sur le crack à la Goutte d'Or réalisée par Georges Hidalgo, Christian Lefort et Alain Ternus (EGO, 1997 ?), pages 64 et 76
« Les 'pontes ' de la drogue sont toujours gros et gras alors que le 'camé de la rue' est maigre comme un clou. » William Burroughs (Le festin nu, Gallimard, page 2)
(8) Un cracker : « Au début, je ne voulais pas [du crack] parce que je voyais tous ces fumeurs de crack qui sont accroupis par terre en train de chercher des cailloux inexistants, qui se touchent la peau pour s'enlever des boutons qui sont inexistants, qui essaient de s'enlever des poils qui sont inexistants, enfin beaucoup de choses comme ça. » (Étude sur le crack à la Goutte d'Or, page 57)
(9) Moins de 10 % des toxicomanes prennent leur shoot à plus de deux et plus de la moitié le prennent seuls (EGO - Rapport d'évaluation 2000, page 52)
(10) sauf s'il est en manque ou en descente après son « flash »...
(11) Le festin nu, page 4
(12) Face à la toxicomanie, Fayard (1993), page 72
(13) page 7
(14) page 91
(15) L'entrée dans le cercle infernal de la drogue se joue dans la majorité des cas avant vingt ans (cf. EGO, rapport d'évaluation 2000, page 43 : la majorité des drogués rencontrés a commencé de s'injecter de la drogue avant vingt ans).
(16) « Le parcours d'usage de drogues dure entre 13 à 25 ans avec une moyenne de 13 ans. » EGO, Rapport d'évaluation 2000, page 43
(17) Il semblerait que ce soit le cas pour 1/5 ou 1/4 d'entre eux. On s'étonne légitimement que la psychiatrie française ne prenne pas soin de ceux-ci et ne fasse donc pas ici le travail qui lui revient...
(18) Le festin nu, Gallimard, page 3
(19) Substance mort, Denoël, page 296
(20) Un prêtre chez les drogués, page 136
(21) EGO, rapport d'évaluation 2000, page 23
(22) Un cracker : « Les crackers agressent les gens pour pouvoir acheter leur dose, tout le monde est terrorisé, c'est devenu invivable pour les gens du quartier » (extrait de l'étude EGO sur le crack à la Goutte d'Or, page 81)
(23) « La persistance des prises de risque nous oblige à poser un regard critique sur notre pratique. [...] Les comportements des usagers font apparaître une persistance de leurs pratiques à risques ; et ce malgré la mise en place des plans d'échange des seringues et autres programmes de réduction des risques. » EGO, rapport d'évaluation 2000 (p. 53, 56)
(24) Cf. Junky
(25) Un prêtre chez les drogués, page 121
(26) La réduction des risques serait alors une idée absurde s'il ne s'avérait - voir la suite de ce rapport - qu'il ne s'agit en vérité nullement de limiter les risques de l'empoisonnement mais seulement leurs dommages collatéraux et singulièrement les risques d'attraper et donc transmettre le Sida, ce qui est une tout autre affaire...
(27) Voir le livre d'Henri Bergeron : L'État et la toxicomanie. Histoire d'une singularité française (PUF - collection Sociologies, 1999)
(28) Par Bernard Kouchner, semble-t-il (cf. Henri Bergeron, op. cit. page 277)
(29) « La volte-face autour de 1995 a signifié la mort d'une politique caractérisée par le triangle d'or abstinence - désintoxication - éradication » Pierre Kopp (op. cit.) page 88
Mais à quel titre exactement faudrait-il se réjouir de cette mort ? Et si cette mort est un désastre, non une bonne chose, si cette mort n'est pas une mort naturelle mais résulte de la puissance du monde de la drogue, pourquoi ne pas rassembler de nouvelles forces pour relancer ce qui resterait souhaitable ? Ce qui décide de la fin d'une guerre dépend toujours de qui résiste et se défend, non de qui attaque et détruit. Cela, un Clausewitz l'appelait, il y a deux siècles déjà, « la supériorité stratégique de la défensive »...
(30) Cf. Propos de pédagogie (OEuvres philosophiques, Tome III, La Pléiade)
(31) Cf. Coordination Toxicomanies 18ème
(32) Une campagne se développe pour que la France fournisse à l'Afrique les traitements en matière de Sida : voir « Sida en Afrique : la France doit fournir les traitements ! » sur http://www.entretemps.asso.fr/Sida
(33) Cf. rapport d'activité 2001 de la Coordination Toxicomanies 18ème page 20
(34) Cf. Henri Bergeron (op. cit.) : « La lutte contre le sida et la lutte contre la toxicomanie sont deux objectifs de santé publique bien différenciés. » (page 240)
(35) Cf. Henri Bergeron (op. cit.) :
- « Aujourd'hui, des experts de tous bords, et pas seulement français, font valoir que les programmes de bas seuil ne sont pas complètement 'rentables' au regard de l'objectif sida. » (page 281)
- « La prévalence du sida dépendrait plus d'un gradient Nord / Sud que de la mise à disposition extensive du produit de substitution. » Cf. différence Nord / sud en France même. Cf. différence Italie, Espagne / Pays-Bas... « La causalité entre faible diffusion de l'épidémie et distribution extensive et indifférenciée de méthadone ne serait pas confirmée. Et l'exemple de New York prouverait que la méthadone n'est pas une solution radicale. » (pages 281-282)
- « La causalité entre faible prévalence du sida et disponibilité extensive des produits de substitution n'est pas avérée scientifiquement. L'argument d'efficacité ne permet pas de trancher en l'état actuel des connaissances. » (page 299)
(36) « Les programmes de substitution à la méthadone n'apportent pas de résultats supérieurs à ceux obtenus par les techniques concurrentes. L'argument d'efficacité ne permet pas de trancher en l'état actuel des connaissances. » Henri Bergeron (page 299)
(37) « Il a fallu favoriser l'acceptation et le contrôle social des drogues plutôt que leur éradication » EGO, rapport d'évaluation 2000, page 6
(38) Cf. le livre de Philippe Bourgois (op. cit.)
(39) Deux enfers entre lesquels il semble bien absurde d'avoir à choisir ! À moins que la solution du problème soit technique, c'est-à-dire économiste : « l'enfer du moindre mal » serait celui coûtant le moins cher « à la société »... Croit-on vraiment que cette orientation médiocre soit susceptible d'enthousiasmer la jeunesse et de lui offrir des perspectives intenses d'existence la détournant des mirages de la drogue ?
(40) EGO, rapport d'évaluation 2000, page 6
(41) Cf. Henri Bergeron (op. cit.) page 274
(42) Cf. Henri Bergeron (op. cit.) page 248
(43) Pierre Kopp (op. cit.)
(44) page 111
(45) page 113
(46) page 5
(47) page 84
(48) On parle ainsi de « l'hygiène du shoot » (EGO, rapport d'évaluation 2000, page 51), comme étant non pas un refus du shoot mais son absurde hygiénisation... Où l'on revient toujours sur le même point : un shoot hygiénique serait un auto-empoisonnement ne conférant pas le sida...
Il serait peut-être temps, aujourd'hui que les trithérapies existent, rendant le sida maladie chronique et non plus mortelle, d'inverser la donne et de soutenir, pour ceux du moins qui soutiennent une logique du « moindre mal » : plutôt le sida que le crack, plutôt le risque d'une infection par le sida que celui de l'empoisonnement ! Mais il est vrai que le sida coûte plus cher à la Sécurité Sociale que l'empoisonnement par les drogues. D'où le moindre mal citoyen : plutôt l'empoisonnement sans sida (qui ne « nous » coûte pas trop cher) au sida sans empoisonnement (qui, lui, « nous » coûterait beaucoup plus cher)...
(49) Crack, plaquette éditée par EGO (page 2)
(50) Comme toujours, il faut en fait entendre ici : un empoisonnement sans risques d'attraper le Sida... Où le mal fait par la drogue est dissimulé sous un autre, qui n'est pas forcément plus grave mais qui coûte certainement plus cher à la Sécurité Sociale, surtout s'il se transmet à d'autres. D'où l'idée d'en protéger le toxicomane...
(51) Cf. EGO, rapport d'évaluation 2000, page 24
(52) EGO, rapport d'évaluation 2000, page 12
(53) Coordination Toxicomanies 18ème, Rapport d'activité (Dispositif expérimental d'octobre 1999 à mars 2001) page 35
(54) Question de Véronique Dubarry (conseillère de Paris et conseillère du 10ème arrondissement) pour le Groupe « Les Verts » au Maire de Paris le 18 octobre 2001.
(55) Intervention de Sylvain Garel (conseiller de Paris et conseiller du 18ème arrondissement) - Groupe « Les Verts » - lors du conseil du 18ème arrondissement le 15 octobre 2001.
(56) op. cit., pages 29-30
(57) EGO, rapport d'activité 2000, page 32
(58) Extraits de l'étude EGO sur le crack à la Goutte d'Or, pages 9, 27, 28, 36, 78 et 80.
(59) William Burroughs (Le festin nu, op. cit., page 2)
(60) William Burroughs, Junky (10 / 18) page 159
(61) EGO, rapport d'évaluation 2000, page 23
(62) « Il est nécessaire de déconstruire les jugements moralisateurs, [...] de construire une relation de non jugement sur leur consommation » EGO, rapport d'évaluation 2000, page 23
(63) dont en particulier les gens d'EGO. Mon intention ici n'est nullement de dénoncer des personnes mais un discours insidieux, une idéologie du laisser-faire libéral acclimatant les consciences à un nihilisme du « moindre mal ».



Une version mise en forme sous Word (format rtf) est télédéchargeable ici.