François
NICOLAS
membre du Collectif
anti-crack,
habitant du quartier Stalingrad
Après un vaste tour d'horizon des pratiques et discours
à propos de la drogue et du crack (1), il me semble nécessaire
de recentrer le débat autour d'une simple question : Oui
ou non, se déclare-t-on contre le crack ? Il
y a là une ligne de partage des consciences (individuelles
ou collectives) qu'il convient de rétablir. Je pensais
qu'une position contre le crack et plus généralement
contre la drogue allait de soi. Il m'est apparu que tel n'était
pas le cas, en raison de l'importance d'une ligne d'action sur
les questions de drogue s'intitulant « politique de réduction
des risques » dont le principe déclaré
n'est plus d'être contre la drogue mais de faire
avec elle. Être contre le crack ou être
avec lui (ce qui n'est pas exactement être pour
lui) : il y a là plus qu'une nuance mais un abyme qu'il
convient de redessiner et face auquel chacun doit, me semble-t-il,
se prononcer.
Pour ma part, je me déclare contre la drogue, et
en particulier contre le crack et, à ce titre, je
me déclare en désaccord avec le discours de la dite
« politique de réduction des risques ».
En quel sens ?
Le crack, la drogue plus généralement, s'accorde
au nihilisme contemporain dont la conviction propre est : «
Plutôt vouloir le rien que ne rien vouloir ! Plutôt
l'intensité d'une autodestruction que la mièvre
survie petite-bourgeoise ! Plutôt l'éclair et la
fureur du chaos que la grisaille ronronnante ! »
En ce sens, la drogue n'est pas seulement affaire de parcours
individuels mais a pour contexte porteur une situation socialement
dévastée et politiquement défaite : quel
enthousiasme ce pays est-il en état d'offrir aujourd'hui
à sa jeunesse ? Il faudra bien faire l'histoire politique
de cet abaissement pour comprendre pourquoi le contexte est devenu
ce qu'il est. Il faudra faire cette histoire pour comprendre de
quelle sourde défaite de la pensée politique procède
ce nihilisme comme tout nihilisme. Et s'il est devenu l'horizon
collectif de notre société, il faudra comprendre
pourquoi l'amour, la musique, les sciences et la pensée
politique émancipatrice ne semblent plus en état
de convaincre les jeunes qu'il y a bien quelque chose plutôt
que rien, qu'il est possible de vouloir quelque existence dense
et flamboyante sans se consumer dans la drogue, que l'intensité
d'une existence amoureuse, d'une aventure créatrice, d'une
épopée collectivement pensante et agissante sur
le monde vaut la peine d'être vécue là où,
il est vrai, l'horizon d'un consumérisme libéral
et individualiste ne se distingue guère d'un degré
zéro d'existence, d'un rien subjectif, d'une lente mort
insignifiante.
S'il n'y a pas à s'aligner sur le nihilisme ambiant, s'il
est toujours possible d'éduquer des enfants en leur présentant
un monde certes sombre et injuste mais qui n'en attend que plus
leur énergie et leurs facultés créatrices,
il est alors loisible et nécessaire de se déclarer
contre la drogue, contre le crack, et non pas de
se résigner à faire avec. C'est à
ce titre que je me suis personnellement dressé, avec bien
d'autres, dans les rues de notre quartier.
Cela tient en quatre points.
1. Se prononcer contre la cocaïne
L'État doit se battre contre le produit
cocaïne et contre son trafic (interdiction, destruction,
contrôle, etc.). C'est bien sûr un combat difficile,
sans doute sans fin, comme l'est d'ailleurs le combat plus général
contre le crime. Serait-ce là une raison acceptable pour
ne plus le mener ?
2. Se prononcer contre les dealers
La société doit lutter sans pitié
contre les dealers.
Quelques déclarations sur ce point.
· Un drogué : « Je n'ai plus de pitié
pour les trafiquants. » (2)
· Un prêtre : « J'ai un regard très
dur, même en tant que prêtre, pour ceux et celles
qui osent tuer à petit feu des vies humaines par la 'drogue'.
» (3)
· Un anthropologue : « Quand on rencontre des
individus comme les dealers, on a l'impression qu'aucune dose
de 'justification historique' et de 'victimisation structurelle'
ne peut les excuser des conséquences de leurs actions de
parasites souvent violents et autodestructeurs. Ce sont toujours
les individus qui sont responsables. » (4)
Chalamov, qui a connu le monde du crime dans le goulag, écrivait
: « Carthage doit être détruite. Le monde
des truands doit être anéanti ! » (5).
On doit en dire autant du monde des dealers.
Pour donner une idée de la taille de ce « monde »,
il semblerait (6), sous l'hypothèse d'un vendeur pour dix
consommateurs, qu'il y aurait en France entre 16 000 et 30 000
revendeurs de drogues dures (aujourd'hui les héroïnomanes
se compteraient en France par centaines de milliers et les crackers
par milliers).
Il convient de rappeler que, bien sûr, dealers et drogués
font deux, ce qui est amplement démontré.
Une sophistique voudrait faire croire qu'il n'y aurait pas lieu
de distinguer dealers et drogués. Elle argumente pour ce
faire de l'existence d'un certain nombre de degrés intermédiaires
entre les deux extrêmes (le drogué qui deale un peu
/ beaucoup /..., le dealer qui se drogue un peu / beaucoup /...).
Mais qu'il y ait des mixtes n'interdit nullement, tout
au contraire, d'opposer deux pôles. À ce compte,
il n'y aurait pas lieu de distinguer riches et pauvres dans une
société puisqu'il existe des classes moyennes qui
ne sont ni tout à fait les uns, ni tout à fait les
autres...
Petite description phénoménologique. Rappelons ce
qui saute aux yeux d'un simple habitant confronté à
une « scène » de crack :
· Le dealer fournit le quartier en drogue. Il est en bonne
santé, d'une corpulence ordinaire et d'une apparence plutôt
sportive. Il est relié à sa bande (rabatteurs, surveillants,
hommes de main...) (7). Il se tient sur ses gardes, regarde sur
les côtés et surveille ses arrières. Il est
arrogant vis-à-vis des habitants et les dissuade de pénétrer
dans son fief.
· Le cracker vient chercher sa marchandise. Il fouille
le sol du regard, en quête d'un objet imaginaire (8). Il
est décharné, porte un sac en plastique et ressemble
à un SDF. Il circule seul ou en couple (9). Au moment de
l'échange, il a le regard tourné vers son dealer
et vers les mains qui lui procurent la came. Face à son
dealer, il est indifférent à l'habitant qui passe
(10).
Bref, impossible même au profane, de les confondre.
Lutter sans pitié contre les dealers veut dire : les dénoncer,
les disperser, les pourchasser, les arrêter, les empêcher
de nuire. C'est un travail de la population (pour les isoler,
les repousser de l'espace public du quartier) et un travail ordinaire
de police (nul besoin pour cela de régime d'exception).
3. Se prononcer pour une prévention des
nouvelles générations
Il faut assécher la demande de drogues.
Quelques indications sur le caractère déterminant
de la demande de drogue :
· « Quand il n'y aura plus de malades pour en
acheter, le trafic de la drogue cessera aussitôt de lui-même.
Inversement, aussi longtemps que le besoin existera, on trouvera
quelqu'un pour le satisfaire. » William Burroughs (11)
· « Ma conviction est qu'actuellement nous n'avons
guère d'autres moyens de faire cesser ce marché
qu'en luttant pour éliminer progressivement la consommation.
» Pierre de Parcevaux (12)
· Le livre précédemment cité de Pierre
Kopp rappelle (13) que l'offre mondiale de drogue dépasse
très largement la demande dans les pays « occidentaux
» (elle lui est deux fois supérieure pour la cocaïne
et vingt fois supérieure pour l'héroïne !).
Ceci indique certes l'importance de la consommation de drogues
dans les pays du Tiers-monde mais également que chez nous,
c'est bien la demande qui régule l'offre, non l'inverse.
D'où le peu d'effet des saisies sur la quantité
de drogue disponible dans les pays occidentaux... (14)
Assécher la demande de drogues passera essentiellement
par la non-entrée sur ce marché de nouveaux consommateurs,
essentiellement de nouvelles générations (15).
La prévention est donc ici essentielle. Il est patent qu'il
ne s'agit pas principalement ici d'information (quoique celle-ci
soit bien sûr nécessaire) mais bien d'être
capable d'enthousiasmer la jeunesse pour autre chose que la simple
« survie » : la prévention doit associer une
positivité à sa dénonciation de la drogue
; elle doit proposer et pas seulement s'opposer. Affaire donc
de chacun, individuellement ou collectivement, et pas seulement
de tel ou tel service public.
4. Se prononcer pour aider les crackers à
s'en sortir
Si être contre la drogue signifie bien être
contre les dealers, par contre cela ne signifie pas à
proprement parler être contre les drogués.
Il va de soi que les toxicomanes doivent être soumis à
la loi commune, qu'ils ont les mêmes devoirs que tout un
chacun et qu'ils doivent subir les mêmes conséquences
répressives de leurs actes (délits et crimes éventuels)
que tout un chacun.
Mais il faut également une aide particulière pour
chacun d'eux afin de l'aider à s'en sortir. Tout indique
que le parcours d'un toxicomane à partir du moment où
il commence à se droguer jusqu'au moment où il touche
le fond et peut alors espérer trouver en lui les ressources
suffisantes pour vouloir vraiment s'en sortir est très
long. Comme le parcours pour s'en sortir est presque aussi long
que celui pour s'enfoncer, c'est plus de dix ans de misère
matérielle et subjective qu'un toxicomane doit traverser
pour sortir du nihilisme (16). Une aide personnalisée est
ici précieuse.
« Malades » ?
Il n'y a pas lieu me semble-t-il de considérer
tous les toxicomanes comme des « malades ».
Sans doute certains peuvent être des malades psychiatriques
et relever donc de la clinique psychiatrique (17). Beaucoup ont,
il est vrai, des maladies opportunistes (des infections, effets
collatéraux de leurs pratiques addictives) mais cela n'en
fait pas des malades au titre de la drogue.
Ce point est visiblement apprécié différemment
par les héroïnomanes américains devenus écrivains
:
· William Burroughs écrit : « Les drogués
sont des malades totalement incapables de changer leur comportement.
» (18).
· Mais Philip K. Dick écrit par contre : «
L'abus des drogues n'est pas une maladie ; c'est une décision,
au même titre que la décision de traverser la rue
devant une voiture lancée à vive allure. »
(19).
Voir de même le point de vue d'un drogué relevé
dans le livre de Pierre de Parcevaux (20) : « Le problème
ne relève pas de la médecine. »
Il semble à tout le moins préférable d'en
appeler d'une responsabilité possible du toxicomane plutôt
que de son impuissance accomplie. Puisque les 3/4 des toxicomanes
ne relèveraient pas, au titre de leur seule toxicomanie,
de la médecine psychiatrique, il n'y aurait nullement lieu
de médicaliser à outrance le problème de
la toxicomanie.
S'il faut donc récuser l'équation « toxicomane
= malade », le drogué relève d'une aide
sociale (plutôt que sanitaire ou médicale) au titre
de sa toxicomanie. Cette aide peut être individuelle (travail
ouvert de rue) ou collective (travail fermé en local privé).
Elle a comme horizon la sortie de l'addiction, même s'il
est bien légitime d'accueillir n'importe quel toxicomane,
de renouer un lien avec lui non par un discours « contre
» mais par le versant d'un « pour » quelque
chose, d'une proposition positive : pour la propreté,
pour une responsabilité vis-à-vis des autres,
pour pouvoir se regarder à nouveau dans un miroir,
mais aussi pour se remettre à écrire, pour
faire du théâtre et que sais-je d'autre encore...
Ma conviction en cette matière est que les discours sur
« les drogués », « les toxicomanes »,
tendant à les voir comme groupe social plus ou moins homogène,
sont en vérité néfastes. Ils ne servent à
rien, ne pensent rien. Ce qu'il convient, c'est d'aider un drogué,
et un autre et encore un autre à s'en sortir.
Dire qu'on l'aide pour s'en sortir indique bien que cette
aide reste alors prise dans la logique générale
d'un « contre la drogue ». On va voir que tel n'est
plus toujours le cas dans notre pays.
« Victimes » ? D'eux-mêmes !
Si le toxicomane n'est pas ipso facto un malade, il n'est
pas non plus ipso facto une victime.
Certains pourtant voudraient le laisser croire, par des phrases
telles celles-ci : « Les procédures de mises à
l'écart des structures ne font que renforcer l'exclusion
sociale dont [les usagers de drogues] sont déjà
victimes. » (21) Pourtant si les toxicomanes sont exclus,
c'est avant tout parce qu'ils se sont exclus du jeu social : si
les habitants rejettent les toxicomanes c'est parce que ceux-ci
les menacent et les agressent (22). C'est le toxicomane qui s'exclut
lui-même en attaquant la collectivité ; et si l'on
n'affronte pas cette réalité, comment alors envisager
une réelle logique de réinsertion qui ne passe pas
à côté du problème ?
Ce problème se retrouve entier quand il faut bien constater
que le risque pris par le toxicomane n'est que faiblement minoré
par une intervention extérieure (23) attestant ainsi que
le risque est bien inhérent au choix de vie du toxicomane,
que ce n'est donc pas un risque qui lui serait imposé de
l'extérieur (par la société, la police, les
habitants qui seraient « méchants » avec lui),
mais bien parce que cette prise de risque semble le principe même
(et l'intérêt) de son geste, ce qui en fait le sel,
ce qui pimente l'auto-empoisonnement.
Ce qui donne un sens à la drogue pour qui s'y enferme semble
être d'une part l'intensification d'une existence ordinaire
jugée terne (le flash dont la brièveté
compense le reste du temps passé à attendre) et
d'autre part le fait, paradoxal, que la drogue confère
ainsi un sens à toute l'existence du drogué.
William Burroughs (qui était héroïnomane) dit
tout cela fort bien (24) :
« On devient drogué parce qu'on n'a pas de fortes
motivations dans aucune direction. La came l'emporte par défaut.
» (p. 16)
« La came n'est pas, comme l'alcool ou l'herbe, un moyen
de jouir davantage de la vie. La came n'est pas un plaisir. C'est
un mode de vie. » (p. 17)
« Le fait qu'on ait besoin de la came est le plaisir
en soi. Le plaisir qu'on tire de la came est de vivre sous sa
loi. » (126)
« Quand on arrête, tout paraît terne, mais
on ne peut oublier le rituel de la piqûre, l'horreur passive
de la came qui semble concentrer toute vie dans le bras, trois
fois par jour. » (p. 175)
Voir également Pierre de Parcevaux, parlant d'un drogué
: « Tous ses actes d'autodestruction ou de destruction
tout court, il en était fier ; enfin il existait par ou
pour quelque chose. » (25)
Ceci indique bien qu'il s'agit ici de nihilisme : plutôt
la loi du rien que pas de loi, plutôt le sens de la mort
que pas de sens.
Ceci indique également qu'on ne saurait opposer à
cette victoire de la drogue (par défaut) une simple position
également par défaut, c'est-à-dire «
faute de mieux » : ainsi le projet de gérer de manière
« responsable » des actes dont le principe est précisément
d'être volontairement irresponsables comme la perspective
de limiter les risques d'actes dont la signification intrinsèque
est d'être la prise de risques, sont également absurdes.
(26)
Je soutiendrai donc qu'il faut se tenir à la fois contre
la drogue et face aux drogués (plutôt qu'avec
eux). Faire face au drogué, c'est le rappeler à
ces exigences minimales sans lesquelles le rapport instauré
avec lui ne peut qu'être instrumenté par lui.
Somme toute, il y aurait donc quatre positions, et quatre seulement
(hypothèse de travail) :
1. Contre la drogue et contre les drogués
(position que je dirai extrémiste) ;
2. Contre la drogue et face aux drogués (la
position que je défends) ;
3. Avec les drogués (et dans ce cas, on ne pratique
plus en vérité le contre la drogue car on
a choisi de faire avec...)
4. Pour la drogue (position des dealers)
Donc quatre axes : lutter contre le crack, c'est lutter
contre la cocaïne, contre les dealers, pour
prévenir l'entrée de nouvelles générations
et pour que ceux qui y sont déjà enfermés
s'en sortent.
Le point étrange et pour moi étonnant, point que
j'ai découvert à l'occasion de cette mobilisation,
est que tout le monde ne partage pas les orientations précédentes,
qui me semblaient pourtant constituer une sorte d'évidence,
et je ne parle pas là, bien sûr, de ceux qui trafiquent
et qui seraient sans doute les seuls à se déclarer
ouvertement pour le crack. Je parle ici des tenants de
la dite « politique de réduction des risques
».
Un faire avec la drogue, dominant en France
depuis 1995
C'est une politique, initiée en 1992 (28) et triomphante
à partir de 1995 (29), qui se propose de ne plus lutter
contre la drogue au nom du fait que ceci serait impossible, que
les batailles antérieures auraient toutes été
perdues, et qu'il faudrait aujourd'hui faire avec les drogues
comme on fait déjà bien avec les alcools, les tabacs,
etc.
Une logique qui vise bas...
Cette politique semble l'avoir emporté par défaut
plutôt que par excès. Elle thématise qu'il
faut viser bas puisqu'on ne saurait viser haut. Elle prône
la logique du « bas seuil » : on s'adresse au toxicomane
sans intention déclarée de l'en sortir (d'où
alors qu'il n'y a même plus lieu de lui demander si lui
veut s'en sortir puisque tel n'est plus l'objectif de l'action
sociale) mais dans le but d'accompagner sa dépendance (son
addiction) en sorte que celle-ci n'entraîne pas de maux
collatéraux, de maladies opportunistes (infections...).
Cette politique se légitime d'une idéologie du moins,
du peu et du bas : du moindre mal, de la limitation
des dégâts, du « faute de mieux », du
pragmatisme et du réalisme devant un état des choses
déclaré sans issue, d'une gestion technique de ce
qu'on dit ne pas savoir combattre, d'une canalisation d'un mal
considéré comme inévitable, de la pensée
faible et impuissante...
On peut ainsi s'étonner de l'argument placé en tête
de la brochure officielle de la Mission Interministérielle
de lutte contre la drogue et la toxicomanie : « Une société
sans drogue, ça n'existe pas ! ». Peut-être
bien, mais que voulez-vous dire par ce genre de platitude ? Qu'il
n'y a donc plus qu'à faire avec ? Ne s'agit-il pas, de
manière implicite, de décourager ce que veut dire
aujourd'hui lutter contre la drogue et la toxicomanie (ce
qui est pourtant dans le titre explicite de la dite MILDT !) pour
prôner un accommodement, pour encourager un renoncement
? Ne pourrait-on dire tout autant - vérités non
moins plates - « Il n'y a pas de société sans
crime, il n'y en a jamais eu. » « Une société
sans vol, ça n'existe pas ! » ? Et alors ? Cela déqualifie-t-il
la lutte à mener contre le crime et le vol ?
Quand Kant prescrit : « Que jamais l'éducation
des enfants ne se fasse en fonction du seul état présent,
mais aussi du possible meilleur état à venir de
l'humanité » (30) il indique bien qu'on ne saurait
éduquer la jeunesse (et ne s'agit-il pas de cela dans la
brochure de la MILDT ?) en limitant le possible a ce qu'il y a
déjà mais bien en lui offrant des perspectives pour
bouleverser cet état de fait, surtout quand ce dernier
est révoltant...
Mais il est vrai que le beau mot d'éducateur (celui qui
apprend à faire face) est lui-même raturé,
abandonné, pour celui par exemple de médiateur
(31). Que gagne-t-on réellement à cette substitution
si ce n'est, une fois de plus, un obscurcissement de la pensée
? Le médiateur, par définition, symétrise
les positions, dissout le face-à-face, évite la
confrontation, biaise les conflits lesquels sont pourtant générateurs
de vérité sur les gens et les situations. Et la
vérité du toxicomane est quand même qu'il
s'est rendu esclave de la drogue. A biaiser cette vérité,
à symétriser la confrontation habitant / toxicomane,
on gomme le réel du problème : le toxicomane s'empoisonne
et empoisonne par là la vie des gens !
Un discours introduit sous couvert de lutte contre
le sida
Le discours dit de réduction des risques l'a
emporté en « profitant » de la lutte contre
le sida : il a utilisé l'urgence créée par
l'épidémie du Sida pour se glisser « sous
» cette lutte
Cf. Henri Bergeron (op. cit.), en vrac :
- « C'est le sida qui introduit la logique de la réduction
des risques en Grande-Bretagne vers le milieu des années
80. Les Anglais ont considéré que la diffusion du
sida était une menace plus importante pour la santé
de la nation que ne l'est l'abus de drogue. » (page
9)
- « À l'exception des Pays-Bas, les changements
ont été adoptés sous la menace du sida.
» Anne Coppel (page 11)
- « À partir de la fin des années 80, on
montre l'efficacité des programmes méthadone dans
la réduction de la diffusion du sida. » (page
248)
- « Au moment où il meurt chaque jour un toxicomane
sidéen de plus, soigner la toxicomanie à proprement
parler est un luxe, affirment les contestataires à la politique
des soins. » (page 279)
- Médecins du monde : « Le projet d'ouverture
de places de méthadone ne se situe plus dans un objectif
thérapeutique par rapport aux problèmes de la dépendance
mais vise de manière quasi exclusive la prévention
du VIH et l'accès aux soins des toxicomanes vivants avec
le VIH. » 18 mai 1993 (page 286)
- « La libéralisation de la vente de seringue
(décret du ministère de la Santé du 13 mai
1987 : Mme Barzach) fut présentée non comme une
mesure concernant le soin de la toxicomanie mais comme une mesure
de lutte contre le sida. » (page 243)
Faut-il préciser : si le Sida fut combattu chez les toxicomanes,
c'est en raison de leur forte capacité épidémique
(d'où un danger pour la population française qu'il
fallait à juste titre contrôler) et parce que les
soins en matière de Sida coûtent cher (en France
tout du moins : on sait qu'aujourd'hui l'Afrique est privée
des traitements auxquels elle a droit et que les campagnes pour
la prévention en Afrique dissimulent qu'on laisse mourir
les millions d'Africains qui sont déjà malades...)
(32) : soit un malade du sida non seulement coûte cher (fût-il
drogué) mais il peut transmettre son mal à d'autres.
L'argumentation économiste (en termes de coût social)
de la « politique de réduction des risques
» revient à dire : le coût social du sida est
trop fort pour qu'on continue de laisser les drogués courir
des risques en matière de sida. Finalement, laissons-les
se shooter et se détruire mais évitons qu'ils attrapent
le sida car cela coûterait cher à la société.
D'où que cette maladie du sida ait été une
double catastrophe pour les drogués : non seulement comme
pour tout individu attrapant cette maladie, mais aussi parce qu'on
a alors choisi de les laisser enfermés dans leur addiction
: sevré de l'héroïne par des produits de substitution,
le drogué doit ensuite se sevrer de ces produits de substitution,
lesquels servent d'ailleurs d'entrée dans la drogue pour
de plus en plus de nouveaux consommateurs (33).
Bref, le toxicomane circule d'un cercle « hygiénique
» de l'enfer à un autre sans qu'on n'affronte plus
avec lui la difficile exigence de l'aider à s'en sortir...
Sida et drogue font deux, et lutter contre le Sida n'est
pas lutter contre la drogue, et vice versa (34).
Qui plus est, l'efficacité de cette « politique
de réduction des risques » en matière
de prévention du Sida semble toujours discutée (35).
Elle n'est, semble-t-il, pas statistiquement avérée.
Et quant à son efficacité en matière de sortie
de la drogue, n'en parlons pas : elle est d'autant plus indécelable
(36) que l'objectif déclaré de cette politique n'est
précisément pas de faire en sorte que les drogués
puissent se sortir de la toxicomanie (37). D'où que cette
politique ne sache en fin de compte répondre par des arguments
d'efficacité à l'autre politique, celle du tout
répressif que pratiquent avec constance et brutalité
les États-Unis : politique coûtant sans doute moins
cher (il semble moins cher de construire des prisons et de payer
des gardiens que de construire des centres d'accueil et de payer
des travailleurs sociaux), sacrifiant sans doute toute une génération
de crackers (38) mais aboutissant ensuite à un retournement
sensible de la demande. L'un des méfaits les plus patents
du discours sur la « réduction des risques »
est ainsi d'enfermer le débat dans la vieille alternative
simpliste : tout répressif ou tout libéral, les
prisons ou les maisons closes (du shoot) (39), bref la reprise
du bon vieux moteur à deux temps (droite-gauche) qui instrumente
peurs et angoisses de la population, lui barrant l'horizon et
lui interdisant de penser et d'agir.
Un nouveau vocabulaire et une nouvelle rhétorique
Cette « politique de réduction des risques
», pour assurer son hégémonie, met en place
un nouveau vocabulaire ad hoc. Une pièce essentielle
de cette entreprise consistant à réviser les noms
établis conduit à bannir les mots drogué
ou toxicomane pour avancer celui d'« usager de
drogues ».
- « Il a fallu produire une autre représentation
du phénomène 'drogue' : parler d'usage de drogue
plutôt que de toxicomanie » (40)
- « Le vocabulaire change : on parle de risques sanitaires,
de stratégies palliatives, de toxicomanes rationnels, de
moindre mal, de santé publique, d'accueil dit de bas seuil,
d'usagers de drogue, etc. Ce que certains appellent les indicateurs
rhétoriques. L'expression 'usager de drogue' reflète
ainsi une position idéologique qui oppose une conception
ascétique de la liberté conçue comme un progrès
vers la maîtrise de soi, une lutte contre les aliénations
à une conception libérale et individualiste.
» (41)
Les arguments pour cela sont multiples : il s'agirait de ne pas
dévaloriser le toxicomane, de ne pas altérer un
peu plus la mauvaise image qu'il a de lui-même par une étiquette
dévalorisante, de restaurer par une nomination neutre la
possibilité de reconstituer un minimum d'honneur de soi...
Oui, mais cet honneur de soi, à réinventer plutôt
qu'à consolider, doit-il précisément s'édifier
contre la consommation de drogues ou avec elle,
doit-il être rebâti sur la base d'un « usage
de la drogue » ou contre lui ? La part mésestimable
du drogué pour lui-même ne tient-elle pas précisément
à son enfermement dans la drogue ? Lui proposer comme horizon
de rester dans la drogue sans plus y être enfermé,
n'est-ce pas dessiner une fausse fenêtre ? Ne faut-il pas
de l'extérieur soutenir que l'horizon de liberté
du toxicomane est dans la sortie de la drogue plutôt que
dans une consommation réglée, gérée,
socialisée de ces poisons ? Et s'il faut en effet le nommer
individuellement de telle manière qu'il ne se sente pas
enfermé dans sa situation actuelle, ne faut-il pas alors
le nommer tout simplement Monsieur X ou Madame Y, c'est-à-dire
sans référence à son état de toxicomane,
en en appelant de cette part de lui-même qui n'est pas corrompue
par la drogue ?
Un objectif déclaré : la gestion responsable
de la consommation
Il est d'usage d'opposer une consommation huppée de
drogues festives (milieu du show-biz, etc.), consommation non
excluante et parfois même socialisante (un peu comme celle
des hippies dans les années 60-70 ou celle des raves aujourd'hui)
à une consommation qui exclut, celle des paumés,
celle de la drogue du pauvre (le crack).
Mais s'il ne s'agit pas de lutter contre la consommation
de drogues, s'il s'agit essentiellement que « l'usager de
drogues » apprenne à gérer sa consommation
pour ne pas attraper de maladies opportunistes et ne pas se désocialiser,
ceci voudrait-il dire que l'objectif de la « politique
de réduction des risques » serait en vérité
de transformer tous les paumés du crack en « citoyens
» de la cocaïne ? Et serait-ce là vraiment un
idéal, apte à remplacer le nihilisme, ou ne serait-ce
pas plutôt là, en ce point d'arrivée curieusement
idéal d'une consommation « responsable » de
drogues, que se situe le véritable nihilisme d'aujourd'hui
?
L'économisme, comme habillage techniciste de l'abaissement
« Gestion rationnelle » se dit de nos jours «
optimisation économique », et l'on retrouve bien,
en cette affaire, nos économistes prêts à
« dealer » leur argumentaire : « L'économique
insiste sur une vision rationnelle du recours aux drogues (stratégie
de survie économiquement rationnelle). L'usage de drogues
devient susceptible d'une régulation fondée sur
une optimisation économique. » (42)
Un économiste (43) nous déploie crûment la
justification ainsi construite :
- « Aux Pays-Bas, l'objectif fixé à la
politique publique n'est pas de limiter le nombre de consommateurs
mais bien le montant agrégé du dommage social causé
par la drogue. » (44)
- « L'idéal d'une société parfaitement
abstinente est impossible à atteindre. Il convient alors
d'accepter d'évaluer les nouvelles mesures exclusivement
à l'aune de leur impact sur le coût social. »
(45)
- « L'État doit-il respecter la 'souveraineté
du consommateur' ? La réponse à une telle question
ne doit pas reposer sur un quelconque a priori idéologique,
mais sur la démonstration que la société
gagnerait en bien-être. » (46)
- « La politique antidrogue doit avoir pour objectif
de réduire le coût social engendré par la
drogue et supporté par la société. Ainsi
chaque politique doit être évaluée selon sa
capacité à réduire les effets négatifs
de la drogue sur la société. Si une politique permet
de limiter le montant des dégâts de la drogue, elle
doit être retenue, sinon il faut la rejeter. »
(47)
Soit : une mesure susceptible de faire faire des économies
à la société, de limiter le coût global
sera dite - bien sûr sans aucun « dogmatisme »,
sans aucun « jugement moralisateur » et dans une complète
transparence « idéologique » - politiquement
souhaitable ! Chacun pourra apprécier ce que donneraient,
jugées à cette aune, les politiques sociales en
matière d'handicapés, de personnes âgées,
de grands malades, etc.
Ce traitement économiste d'une question - Comment aider
les toxicomanes d'une société à sortir de
leur enfer ? - qui ne l'est nullement organise la démission
des consciences au nom d'une idéologie nihiliste : celle
du libéralisme économiste.
« Sans risques » : qu'est-ce
à dire ?
Est-il juste de fixer comme horizon à l'« usager
de drogues » une gestion sans risques de sa toxicomanie
(remarquons la contradiction dans les termes !) ou ne faut-il
pas tenir, contre vents et marées, que l'objectif est la
sortie car le « risque » majeur est bien d'être
sous l'emprise de la drogue, dans la compulsion aliénante
? Faut-il, par les nominations, neutraliser le sens dégradant
de la dite « consommation » (48) ou ne faut-il pas
maintenir le nom sévère de la dure réalité
? Le toxicomane est attaché à s'empoisonner (c'est
quand même bien le sens du mot toxique, qui n'a pas
tisane ou camomille pour synonymes...), et il s'agit
précisément de l'aider à s'en sortir.
Comment des personnes dont on suppose qu'elles ne sont pas elles-mêmes
toxicomanes, qui ne sont donc pas (on le suppose) enfermées
dans cet univers et qui ne souhaitent en aucun cas (on le suppose)
y tomber elles-mêmes, comment des personnes qui (on le suppose)
ne souhaiteraient à aucun prix que leurs propres enfants
ou leur frère ou leur ami y tombent - car elles savent
bien qu'il ne s'agit pas là d'un simple « usage »
de drogues (comme on peut user de mouchoirs en papier, d'after
shave ou d'un ordinateur : de la drogue, on n'use pas mais
on est usé : c'est la drogue qui vous use, et le cracker,
en vérité, est un cracké) -, comment
ces personnes peuvent-elles dissimuler le vrai problème
? Et où est le bénéfice d'un tel mésusage
planifié des mots si ce n'est emmêler la pensée
et tétaniser les consciences ?
Prenons l'exemple d'une petite plaquette sur le crack distribuée
aux « usagers de drogues » par un centre parisien.
Qu'y lit-on ? « En respectant toutes les règles
d'hygiène qui suivent, tu pourras éviter, non seulement
les abcès, mais aussi d'autres problèmes de santé.
» (49) Pourquoi ne même plus évoquer LE problème
sanitaire majeur de cette affaire : la toxicité du crack
? Pourquoi prétendre que respecter l'hygiène permettrait
d'éviter les problèmes de santé liés
au crack quand il s'agit là d'un empoisonnement ? Le déni
du caractère toxique de cette affaire est patent là
où rien pourtant ne devrait faire obstacle à rappeler
son importance...
Nouveau sens du mot prévention...
La prévention dont il est alors question dans cette
« politique » concerne non plus la prévention
de l'usage de drogues (il ne s'agit nullement de prévenir
les gens, et en particulier les jeunes, de se droguer) mais de
prévenir les maladies annexes pouvant se greffer sur la
consommation de drogues. Il s'agit donc d'encourager une «
consommation sans risques », mais qui reste une consommation
de drogues ! L'ambiguïté manifeste de la proposition
est bien là : encourager le « sans risques »
de la consommation, c'est laisser entendre qu'un empoisonnement
sans risques serait possible. (50)
Donnons un tour de vis supplémentaire au problème
: la prévention des risques ne devrait-elle pas éviter
les risques pour les habitants avant de le faire pour les toxicomanes
? Somme toute, le toxicomane choisit de s'en prendre à
lui-même, et il n'y a aucune raison pour que cela génère
des risques pour ceux qui n'ont rien choisi.
Exemple concret : un programme parisien d'échanges de seringues
calcule
1) qu'il distribue plus de 130 000 seringues par an,
2) qu'il n'arrive à en récupérer que moins
de 20 %. (51)
Au total, cela veut dire que l'on met ainsi dans la nature 100
000 seringues par an, soit près de 300 par jour ! Comme
tout ceci se passe dans un seul quartier, on devine aisément
les conséquences en termes de seringues traînant
dans les rues et menaçant les enfants et autres habitants.
Est-il juste que la prévention des risques pour
les toxicomanes génère ainsi de nouveaux risques
pour ceux qui n'y sont vraiment pour rien ?
Et quand ce même centre écrit : « L'implantation
d'un programme d'échanges de seringues sur un espace donné
n'est pas sans générer d'éventuelles nuisances
» (52), ne s'agit-il pas d'un euphémisme puisqu'il
faudrait plutôt écrire sans générer
à l'évidence de graves nuisances ?
Une dépénalisation du crack de facto
La « politique de réduction des risques
» énonce : il a bien été possible de
socialiser l'usage de l'alcool, et cela a pris des dizaines d'années.
Pourquoi ne serait-ce pas possible pour les drogues, même
si cela prend également des dizaines d'années ?
Il y a en fait à l'oeuvre dans tout cela une logique de
dépénalisation de toutes les drogues et donc du
crack, non seulement de leur consommation (le fait de ne pas condamner
ceux qui en consomment) mais également de leur trafic (autorisation,
dans certaines conditions légales, du commerce). Il est
vrai que l'alcool et le tabac sont dépénalisés
tout en faisant l'objet d'une stricte réglementation de
leur vente (débits spécialisés, interdiction
de vente à la jeunesse, restriction de la publicité,
etc.) et de leur consommation (conduite au volant, campagnes publiques
de prévention, etc.).
Qu'il faille en venir à une certaine dépénalisation
est en effet peut-être inévitable pour les drogues
dites douces (si la distinction drogues douces /
dures a véritablement un sens, ce que je ne sais).
Le point qui me semble en tous les cas clair c'est que certaines
drogues seront toujours interdites, car leur empoisonnement est
trop patent et il me semble établi que le crack relève
nettement de cette catégorie. D'ailleurs la dépénalisation
de l'alcool (sa non-prohibition) ne conduit nullement à
autoriser n'importe quel alcool : à preuve l'interdiction
toujours en cours de l'absinthe que personne ne semble contester
étant donnée la dangerosité de ce produit.
Si personne n'envisage de tolérer la consommation de l'absinthe,
pourquoi alors faudrait-il tolérer la consommation du crack
? Et si l'on ne peut entièrement l'empêcher, ce n'est
nullement une raison pour le tolérer : on peut continuer
de lutter pied à pied, avec les moyens du bord, et résister
sans céder sur des principes : qu'une lutte soit difficile
n'interdit nullement de la prolonger, tout au contraire ; cela
prescrit d'autant plus l'importance de la poursuivre !
Une cohérence fondée sur une double exigence
Le dispositif de la « politique de réduction
des risques » établit en fait sa cohérence
sur une double exigence :
- l'organisation pragmatique de centres de consommation de drogues
;
- l'impératif idéologique d'un consensus.
Je dois déclarer mon opposition à ces deux dimensions.
1) Je ne vois pas comment il serait possible de s'accommoder d'usines
à shoots, de centres de consommation de crack. Ce n'est
pas simplement une question formelle de lois : on sait qu'il peut
y avoir tout à fait constitutionnellement établissement
de lois illégitimes et scandaleuses (voir chez nous les
lois de Vichy, ou celles de 1933 en Allemagne, toutes votées
dans les règles constitutionnelles et entérinées
par le silence d'une majorité dans la population...). C'est
une question de fond : peut-on organiser, codifier l'auto-empoisonnement
? Et y aura-t-il alors des médecins pour s'assurer que
le shoot n'entraîne pas de mort subite, comme il y a eu
des médecins pour s'assurer que la tension des torturés
ne dépassait pas un seuil critique ? Et les médecins
qui, depuis des millénaires, font serment de ne pas inculquer
de poison à leurs patients vont-ils désormais parjurer
cet engagement ? Le pragmatisme le plus plat et le plus cynique
argumente en général pour l'abject : c'est bien
au nom de la logique du moindre mal et d'un « la fin justifie
les moyens » qu'on essaye de justifier l'injustifiable (tortures,
eugénisme, euthanasie, etc.). Va-t-on maintenant inventer
un empoisonnement citoyen (sans infection et overdose),
et des dealers citoyens livrant un toxique citoyen,
en conformité à un label NF ?
2) L'impératif d'un consensus relève ici d'une tentative
de « mouiller » les habitants d'un quartier en les
prenant par leur point subjectif le plus bas.
Procès d'intention ? Lisons !
· « Les habitants confrontés au problème
de l'usage se posent la question de la pertinence de lieux de
consommation pour les usagers. Ceci non pour des raisons idéologiques
mais tout simplement pratiques : ils préfèrent que
les usagers consomment dans des lieux appropriés et prévus
à cet effet avec un encadrement adéquat plutôt
que de manière sauvage dans les cages d'escaliers ou dans
l'espace public. » « Face à cette suggestion
récurrente des habitants confrontés aux problèmes
d'usages dans leurs immeubles, les pouvoirs publics doivent, à
notre sens, réfléchir sérieusement à
l'implantation de ce type de structures dans l'espace urbain à
l'échelle parisienne et mettre en place un espace de confrontation
afin de recevoir l'assentiment des populations dans la recherche
de solutions négociées et non imposées. D'autre
part à l'intérieur de ces lieux, il convient de
mettre en place des équipes capables d'aider les usagers
à gérer le mieux possible leur consommation.
» (53)
· « Les difficultés posées aux habitants
de différents quartiers, je pense entre autres à
Stalingrad, appellent un certain nombre de réponses et
nous souhaitons que celles-ci soient les plus complètes
possibles. [...] Si l'on ne veut pas que les usagers se retrouvent
dans l'obligation de se piquer dans les cages d'escaliers, il
faut ouvrir des lieux adéquats, des salles de consommation.
[...] Monsieur le Maire, quand seront ouvertes des salles de
consommation ? » (54)
· « Il faut ouvrir des lieux d'accueil pour les
toxicomanes, [...] mais aussi des lieux où les toxicomanes
peuvent consommer leurs produits en toute sécurité
et ne sont plus contraints de se shooter ou d'inhaler du crack
dans des cages d'escalier, sur des trottoirs, dans des squares...
Il faut aussi avoir le courage d'aller plus loin dans cette politique
de réduction des risques. Comme dans d'autres villes européennes,
nous devons essayer de casser le marché de la drogue en
fournissant les substances aux toxicomanes qui ne peuvent ou ne
veulent décrocher et/ou entrer dans un programme de substitution.
Ainsi nous leur permettrons d'échapper aux pratiques délinquantes
(trafics, vols, agressions...) ou à la prostitution utilisées
par ces exclus pour se procurer chaque jour les centaines - voire
les milliers - de francs nécessaires pour acheter les produits
dont ils dépendent. [...] C'est aussi le meilleur moyen
pour éviter que le trafic de drogues et la toxicomanie
ne détruisent certains de nos quartiers et rendent difficile
- pour ne pas dire impossible - la vie de milliers de parisiens
qui ont pour seul tort d'habiter ou de travailler dans des quartiers
trop longtemps laissés à l'abandon. »
(55)
Il est clair en cette affaire que les habitants du quartier Stalingrad
- comme de tout autre quartier - pourront se laisser tenter par
la perspective d'installer en lointaine banlieue des salles de
shoot si ceci les débarrasse des tracas quotidiens afférant
au trafic et leur garantit la tranquillité à laquelle
ils ont bien droit. Et il est facile de les tenter, d'en appeler
d'un lâche agrément sur ce point pour peu qu'ils
ne voient rien de ces salles de shoot, n'entendent plus parler
des crackés et se bouchent tranquillement yeux et
oreilles sur ce que l'État organise plus loin avec la complicité
de certains dealers, leur fournissant des patentes pour alimenter
le centre en poison « consommable »... Mais on peut
aussi considérer qu'un habitant du quartier Stalingrad
ne pense pas tout du point étroit de son paillasson et
que rétablir un quartier où l'on se sente habiter
ensemble, dans l'interaction de toutes ses composantes, ne peut
valablement s'engager par le bas (par un consensus abaissé
pour la concentration du sordide dans des enfers éloignés)
et qu'il faut, là aussi, et même pour un quartier,
et surtout pour un quartier populaire dirais-je, viser haut.
Si le discours de la « politique de réduction
des risques » est bien celui-ci : « Les batailles
contre la drogue ont été perdues. Celle contre le
crack l'est tout autant. Il faut faire avec l'occupation du territoire
par les drogues. Renommons travailleurs sociaux ceux qui
collaborent avec le phénomène pour limiter la casse.
Dénigrons ceux qui résistent comme utopistes indifférents
aux dégâts faits dans la population et comme extrémistes
dangereux. Il faut faire avec la débâcle et qui n'accepte
pas de se couler dans la logique du moindre mal doit être
suspecté d'engendrer un mal plus grand encore. Survivons
en gérant chacun nos addictions plutôt que vivons
intensément en nous en désaliénant et en
nous libérant ! Plutôt esclave du crack que mort
! », alors ne faut-il pas nommer cela une pétainisation
des consciences ?
Le pétainisme ne prend jamais la forme d'un « pour
» : d'un pour le crack en notre cas (pas plus qu'il
n'a pris, en 1940, la forme d'un « pour » le nazisme).
Sa définition est d'être l'abandon d'un « contre
» au titre d'un réalisme abaissé du «
faire avec ».
Que cette pétainisation puisse aujourd'hui s'afficher sans
état d'âme n'empêche nullement qu'elle soit
réfutable et qu'il y ait lieu de s'y opposer. Car cette
hégémonisation l'emporte, comme toute opération
de ce type, par défaut. C'est un consensus mou et un peu
veule qui convainc par démobilisation de la population
plutôt que par sursaut subjectif. Ce type de consensus ne
l'emporte que parce que rien ne se dresse face à lui pour
déclarer une autre volonté. En l'occurrence peut
se dresser, doit se dresser la conviction qu'il est possible de
lutter contre le crack, et que cela requiert aussi le combat de
la population d'un quartier comme le nôtre. Bien sûr,
ce combat a une dimension mondiale, engageant les États.
Bien sûr nous n'allons pas, de Stalingrad, bouleverser le
cours du monde (encore qu'avec un nom pareil, on ne sache jamais
!). Mais nulle raison là pour acquiescer à l'ordre
criminel du crack lequel, comme tout ordre criminel, pèse
en premier lieu sur les gens du peuple et les quartiers populaires
: une chose est l'état du monde, autre chose est d'y consentir.
Et si l'on ne peut changer immédiatement l'ordre du monde,
on peut à tout le moins changer le rapport qu'on entretient
au monde, et dire son désaccord, et descendre avec d'autres
dans la rue pour le dire, etc.
Rappels
Il s'agit là de crimes, non de petits délits.
Le trafic de crack est criminel, faut-il le rappeler.
Cf. Bourgois (56) : « Je n'avais jamais entendu parler
du crack avant d'arriver dans ce quartier. Personne alors ne connaissait
cette substance, composé friable de cocaïne et de
bicarbonate de soude transformé en boulettes fumables,
qui n'était pas encore disponible en quantités industrielles
sur le marché. À la fin de l'année, la plupart
de mes amis, voisins et connaissances étaient emportés
dans le cyclone multimilliardaire en dollars du crack
: ils en vendaient, en fumaient et ne pensaient qu'à ça.
En le suivant, j'ai pu observer l'envolée du taux d'homicide
dans les grands ensembles en face de mon immeuble délabré
: la zone était devenue l'une des plus meurtrières
de Manhattan. »
Si la seule consommation est juridiquement délictueuse,
cependant elle induit globalement une organisation de type criminelle.
Et une dépénalisation éventuelle du crack
n'y changerait rien : c'est intrinsèquement que cette drogue
détruit, génère des crises de démence
et tue. Ce n'est pas « la faute à » la société
ou aux habitants accueillant mal les usagers !
L'accommodement au crime, l'idée même qu'il serait
légitime de composer avec le crime au nom d'un adoucissement
du sort des victimes, que les pouvoirs publics devraient s'engager
dans une politique de collaboration aux crimes pour mieux réduire
les risques collatéraux, n'est-ce pas Vichy qui a emblématisé
ces convictions dans ce pays ? Et l'on retrouve bien aujourd'hui
sur notre affaire ce sinistre horizon des « camps »
à l'écart des regards où se tramerait le
sordide, ce fallacieux prétexte d'adoucir le sort des prisonniers
de la drogue en collaborant avec le crime. Et tout ce pétainisme
des consciences et des pratiques, toute cette porosité
de la société et de l'État au crime organisé
de s'habiller aujourd'hui d'un label citoyen ! Le beau
changement !
La consommation de crack est un empoisonnement.
Quelques citations, à bonne école, pour
rappeler ces évidences qu'on ne devrait pas avoir à
rappeler.
· « Les conséquences de la consommation
de crack forment une spirale infernale qui transforme les individus
'en l'ombre d'eux-mêmes' à la vitesse grand V.
» (57)
· « Les ravages causés par le crack sont
considérables. » « Le crack détruit
les mécanismes physiologiques ainsi que les fonctions du
sommeil et le désir de se nourrir. » «
Les usagers de crack deviennent très vite paranos.
» Un drogué : « La drogue, c'est quand même
une grande souffrance » Un cracké : «
Le crack, c'est un truc infernal. » Un cracké
: le crack, « ça détruit complètement
le cerveau. » (58)
· « Toxicomane, c'est-à-dire prisonnier
» (59)
· « Si j'avais pu prendre ne fût-ce qu'une
seule décision, celle-ci aurait été : plus
de came, jamais plus. » (60)
Comment après cela peut-on écrire par exemple ceci
: il est « important de construire une relation de non
jugement sur la consommation » (61) de drogues et ce
dans un rapport s'adressant à des non-toxicomanes ? Ainsi
il n'y aurait même plus à « juger » cette
consommation comme étant un empoisonnement ! Et rappeler
que la consommation de drogue est toxique (tautologie !) relèverait
d'un jugement moralisateur qu'il s'agirait de « déconstruire
» (62) !
Précision
Dois-je ajouter ? Beaucoup de gens rencontrés (63),
qui travaillent concrètement avec des crackés,
dans une attention à la fois compatissante et fraternelle,
me sont apparus comme des gens bien, dont le travail en vérité
n'est pas correctement théorisé ou réfléchi
par le discours de la dite « politique de réduction
des risques ». Ce que font de bien les travailleurs
sociaux auprès de tel toxicomane, les médecins auprès
de tel drogué, tout cela ne relève d'ailleurs pas
d'une politique à proprement parler, moins encore de la
dite « politique de réduction des risques
», mais plutôt d'un travail social et sanitaire relativement
classique, équivalent somme toute à celui que des
éducateurs peuvent faire auprès de jeunes dans la
rue, que le Samu Social peut faire auprès de sans domiciles
fixes, que telle ou telle association caritative peut faire auprès
de vieux abandonnés, etc.
La récollection de ces pratiques concrètes d'accueil
et de soutien aux crackés par le discours de la
« politique de réduction des risques »
me semble ici néfaste et instrumenter le réel de
ces pratiques, tel que j'ai pu en juger, au service d'une conception
désabusée, impuissante, défaite, abaissée
et abaissante.
C'est en désaccord avec cette conception que je me déclare,
là où il convient plus que jamais de se déclarer
contre le crack et d'agir collectivement en conséquence.
Que ceci passe par un vaste effort des gens de ce pays sur toutes
les questions sociales et collectives et pas uniquement par un
effort policier ou des initiatives des pouvoirs publics, ce qu'il
en est d'une véritable prévention en matière
de crack suffirait à en attester. Et il n'est pas envisageable
de gagner un combat contre le crack si la situation subjective
de ce pays ne se redressait pas : combattre le nihilisme qui s'organise
dans le crack ne pourra relever que d'un mouvement global et de
forte ampleur, non d'une opération de police, aussi nécessaire
soit-elle par ailleurs, ni non plus d'une vision technicienne
des problèmes.
Il nous revient donc, à nous habitants des quartiers concernés,
d'inventer comment continuer durablement le combat contre
le crack au-delà des embrasements mêlant dans la
rue les différentes composantes de la population et remettant
ainsi au travail police et municipalités : si l'État
doit faire son travail, c'est cependant aux gens de ce pays d'inventer
ce que pourront être les nouvelles consciences sociales
et politiques aptes à affronter ces temps de nihilisme.
Notes
(1) Voir en annexe la liste des responsables et institutions
rencontrés.
(2) in Pierre de Parcevaux : Un prêtre chez les
drogués, - Fayard 1986, page 58
(3) id. page 71
(4) Philippe Bourgois : En quête de respect. Le crack
à New York (Seuil - collection Liber, 2001),
page 89
(5) Varlam Chalamov : Essais sur le monde du crime (Gallimard
Arcades) page 168
(6) Pierre Kopp L'économie de la drogue (La Découverte
- Repères, 1997) page 104
(7) Un cracker : « Les dealers passaient en groupes,
ils ne travaillent jamais tous seuls. » « Les
dealers, ils ne prennent pas du crack. Enfin les vrais dealers.
» Extraits d'une étude sur le crack à
la Goutte d'Or réalisée par Georges Hidalgo, Christian
Lefort et Alain Ternus (EGO, 1997 ?), pages 64 et 76
« Les 'pontes ' de la drogue sont toujours gros et gras
alors que le 'camé de la rue' est maigre comme un clou.
» William Burroughs (Le festin nu, Gallimard, page
2)
(8) Un cracker : « Au début, je ne voulais pas
[du crack] parce que je voyais tous ces fumeurs de crack qui sont
accroupis par terre en train de chercher des cailloux inexistants,
qui se touchent la peau pour s'enlever des boutons qui sont inexistants,
qui essaient de s'enlever des poils qui sont inexistants, enfin
beaucoup de choses comme ça. » (Étude
sur le crack à la Goutte d'Or, page 57)
(9) Moins de 10 % des toxicomanes prennent leur shoot à
plus de deux et plus de la moitié le prennent seuls (EGO
- Rapport d'évaluation 2000, page 52)
(10) sauf s'il est en manque ou en descente après son «
flash »...
(11) Le festin nu, page 4
(12) Face à la toxicomanie, Fayard (1993), page
72
(13) page 7
(14) page 91
(15) L'entrée dans le cercle infernal de la drogue se joue
dans la majorité des cas avant vingt ans (cf. EGO, rapport
d'évaluation 2000, page 43 : la majorité des drogués
rencontrés a commencé de s'injecter de la drogue
avant vingt ans).
(16) « Le parcours d'usage de drogues dure entre 13 à
25 ans avec une moyenne de 13 ans. » EGO, Rapport d'évaluation
2000, page 43
(17) Il semblerait que ce soit le cas pour 1/5 ou 1/4 d'entre
eux. On s'étonne légitimement que la psychiatrie
française ne prenne pas soin de ceux-ci et ne fasse donc
pas ici le travail qui lui revient...
(18) Le festin nu, Gallimard, page 3
(19) Substance mort, Denoël, page 296
(20) Un prêtre chez les drogués, page 136
(21) EGO, rapport d'évaluation 2000, page 23
(22) Un cracker : « Les crackers agressent les gens pour
pouvoir acheter leur dose, tout le monde est terrorisé,
c'est devenu invivable pour les gens du quartier » (extrait
de l'étude EGO sur le crack à la Goutte d'Or, page
81)
(23) « La persistance des prises de risque nous oblige
à poser un regard critique sur notre pratique. [...] Les
comportements des usagers font apparaître une persistance
de leurs pratiques à risques ; et ce malgré la mise
en place des plans d'échange des seringues et autres programmes
de réduction des risques. » EGO, rapport d'évaluation
2000 (p. 53, 56)
(24) Cf. Junky
(25) Un prêtre chez les drogués, page
121
(26) La réduction des risques serait alors une idée
absurde s'il ne s'avérait - voir la suite de ce rapport
- qu'il ne s'agit en vérité nullement de limiter
les risques de l'empoisonnement mais seulement leurs dommages
collatéraux et singulièrement les risques d'attraper
et donc transmettre le Sida, ce qui est une tout autre affaire...
(27) Voir le livre d'Henri Bergeron : L'État et la toxicomanie.
Histoire d'une singularité française (PUF -
collection Sociologies, 1999)
(28) Par Bernard Kouchner, semble-t-il (cf. Henri Bergeron, op.
cit. page 277)
(29) « La volte-face autour de 1995 a signifié
la mort d'une politique caractérisée par le triangle
d'or abstinence - désintoxication - éradication
» Pierre Kopp (op. cit.) page 88
Mais à quel titre exactement faudrait-il se réjouir
de cette mort ? Et si cette mort est un désastre, non une
bonne chose, si cette mort n'est pas une mort naturelle mais résulte
de la puissance du monde de la drogue, pourquoi ne pas rassembler
de nouvelles forces pour relancer ce qui resterait souhaitable
? Ce qui décide de la fin d'une guerre dépend toujours
de qui résiste et se défend, non de qui attaque
et détruit. Cela, un Clausewitz l'appelait, il y a deux
siècles déjà, « la supériorité
stratégique de la défensive »...
(30) Cf. Propos de pédagogie (OEuvres philosophiques,
Tome III, La Pléiade)
(31) Cf. Coordination Toxicomanies 18ème
(32) Une campagne se développe pour que la France fournisse
à l'Afrique les traitements en matière de Sida :
voir « Sida en Afrique : la France doit fournir les traitements
! » sur http://www.entretemps.asso.fr/Sida
(33) Cf. rapport d'activité 2001 de la Coordination
Toxicomanies 18ème page 20
(34) Cf. Henri Bergeron (op. cit.) : « La lutte contre
le sida et la lutte contre la toxicomanie sont deux objectifs
de santé publique bien différenciés. »
(page 240)
(35) Cf. Henri Bergeron (op. cit.) :
- « Aujourd'hui, des experts de tous bords, et pas seulement
français, font valoir que les programmes de bas seuil ne
sont pas complètement 'rentables' au regard de l'objectif
sida. » (page 281)
- « La prévalence du sida dépendrait plus
d'un gradient Nord / Sud que de la mise à disposition extensive
du produit de substitution. » Cf. différence
Nord / sud en France même. Cf. différence Italie,
Espagne / Pays-Bas... « La causalité entre faible
diffusion de l'épidémie et distribution extensive
et indifférenciée de méthadone ne serait
pas confirmée. Et l'exemple de New York prouverait que
la méthadone n'est pas une solution radicale. »
(pages 281-282)
- « La causalité entre faible prévalence
du sida et disponibilité extensive des produits de substitution
n'est pas avérée scientifiquement. L'argument d'efficacité
ne permet pas de trancher en l'état actuel des connaissances.
» (page 299)
(36) « Les programmes de substitution à la méthadone
n'apportent pas de résultats supérieurs à
ceux obtenus par les techniques concurrentes. L'argument d'efficacité
ne permet pas de trancher en l'état actuel des connaissances.
» Henri Bergeron (page 299)
(37) « Il a fallu favoriser l'acceptation et le contrôle
social des drogues plutôt que leur éradication »
EGO, rapport d'évaluation 2000, page 6
(38) Cf. le livre de Philippe Bourgois (op. cit.)
(39) Deux enfers entre lesquels il semble bien absurde d'avoir
à choisir ! À moins que la solution du problème
soit technique, c'est-à-dire économiste : «
l'enfer du moindre mal » serait celui coûtant le moins
cher « à la société »... Croit-on
vraiment que cette orientation médiocre soit susceptible
d'enthousiasmer la jeunesse et de lui offrir des perspectives
intenses d'existence la détournant des mirages de la drogue
?
(40) EGO, rapport d'évaluation 2000, page 6
(41) Cf. Henri Bergeron (op. cit.) page 274
(42) Cf. Henri Bergeron (op. cit.) page 248
(43) Pierre Kopp (op. cit.)
(44) page 111
(45) page 113
(46) page 5
(47) page 84
(48) On parle ainsi de « l'hygiène du shoot
» (EGO, rapport d'évaluation 2000, page 51), comme
étant non pas un refus du shoot mais son absurde hygiénisation...
Où l'on revient toujours sur le même point : un shoot
hygiénique serait un auto-empoisonnement ne conférant
pas le sida...
Il serait peut-être temps, aujourd'hui que les trithérapies
existent, rendant le sida maladie chronique et non plus mortelle,
d'inverser la donne et de soutenir, pour ceux du moins qui soutiennent
une logique du « moindre mal » : plutôt le sida
que le crack, plutôt le risque d'une infection par le sida
que celui de l'empoisonnement ! Mais il est vrai que le sida coûte
plus cher à la Sécurité Sociale que l'empoisonnement
par les drogues. D'où le moindre mal citoyen : plutôt
l'empoisonnement sans sida (qui ne « nous » coûte
pas trop cher) au sida sans empoisonnement (qui, lui, «
nous » coûterait beaucoup plus cher)...
(49) Crack, plaquette éditée par EGO (page
2)
(50) Comme toujours, il faut en fait entendre ici : un empoisonnement
sans risques d'attraper le Sida... Où le mal fait par la
drogue est dissimulé sous un autre, qui n'est pas forcément
plus grave mais qui coûte certainement plus cher à
la Sécurité Sociale, surtout s'il se transmet à
d'autres. D'où l'idée d'en protéger le toxicomane...
(51) Cf. EGO, rapport d'évaluation 2000, page 24
(52) EGO, rapport d'évaluation 2000, page 12
(53) Coordination Toxicomanies 18ème, Rapport d'activité
(Dispositif expérimental d'octobre 1999 à mars 2001)
page 35
(54) Question de Véronique Dubarry (conseillère
de Paris et conseillère du 10ème arrondissement)
pour le Groupe « Les Verts » au Maire de Paris le
18 octobre 2001.
(55) Intervention de Sylvain Garel (conseiller de Paris et conseiller
du 18ème arrondissement) - Groupe « Les Verts »
- lors du conseil du 18ème arrondissement le 15 octobre
2001.
(56) op. cit., pages 29-30
(57) EGO, rapport d'activité 2000, page 32
(58) Extraits de l'étude EGO sur le crack à la Goutte
d'Or, pages 9, 27, 28, 36, 78 et 80.
(59) William Burroughs (Le festin nu, op. cit., page 2)
(60) William Burroughs, Junky (10 / 18) page 159
(61) EGO, rapport d'évaluation 2000, page 23
(62) « Il est nécessaire de déconstruire
les jugements moralisateurs, [...] de construire une relation
de non jugement sur leur consommation » EGO, rapport
d'évaluation 2000, page 23
(63) dont en particulier les gens d'EGO. Mon intention ici n'est
nullement de dénoncer des personnes mais un discours insidieux,
une idéologie du laisser-faire libéral acclimatant
les consciences à un nihilisme du « moindre mal ».