QUATRIEMES RENCONTRES FRANCO-TUNISIENNES
8-9 novembre 2025 : Tunis (Downtown Tunis Hotel)
ÉLOGE DE LA RENCONTRE
Argumentaire général
Il y a trois ans, nous, petit groupe de Tunisien(ne)s et de Français(e)s, avons créé et organisé les premières
rencontres franco-tunisiennes (mars 2023 à Nabeul
1
), suivies de deux autres (février 2024 à Paris
2
, octobre
2024 à Tunis
3
).
De quoi sagissait-il ? Déchapper, par ces rencontres, aux différents nihilismes (ne rien vouloir, vouloir le
rien, vouloir nest rien) qui accompagnent la décomposition violente du monde contemporain.
Comment ? En affirmant des points singuliers à tenir courageusement contre vents et marées :
dans différents arts et en littérature ;
dans différentes activités sociales et politiques ;
dans différentes sciences ;
dans différents amours.
Nos quatrièmes rencontres, prévues les 8 et 9 novembre 2025 à Tunis, voudraient cette fois examiner lintérêt
en soi de telles rencontres de part et dautre des rives de la Méditerranée.
1
http://www.entretemps.asso.fr/Defier-le-nihilisme
2
http://www.entretemps.asso.fr/2023-2024
3
http://www.entretemps.asso.fr/RFT/2024
Aujourdhui, les rapports franco-tunisiens ordinaires se déploient essentiellement sous le signe de léchange :
échanges économiques, universitaires, sportifs et touristiques. Nos initiatives voudraient sinscrire sous un
autre signe que celui de léchange : celui de la rencontre.
Déjà, si chacun de nous se trouve personnellement engagé dans ce projet, cest bien parce que pour lui lhistoire
générale franco-tunisienne ou tuniso-française a pris un tour particulier par la rencontre la découverte
dune ressource inattendue : chez des gens ou des groupes de lautre pays, dans une autre culture et une autre
histoire, dans une autre langue et une autre religion, dans dautres métiers ou dautres manières de pratiquer le
même métier, etc.
Ici, la rencontre rencontre entre personnes, entre groupes, entre peuples, entre pays, entre cultures et entre
langues - échappe au donnant-donnant propre à léchange de choses désirables. La rencontre élargit le monde
quand léchange fait circuler ce quil y a déjà dans le monde. La rencontre révèle quil ny a pas que ce quil
y a car il y a, en sus des échanges de choses existantes, des ressources potentielles démancipations
individuelles et collectives.
Notre monde contemporain a précisément besoin de telles rencontres principalement parce quil ny a plus
guère aujourdhui dautre monde commun à lhumanité que celui, physique, des catastrophes naturelles et
celui, militaire, des pillages et des guerres. En un sens, il ny a plus de monde commun puisque la Terre est
désormais séparée par lapartheid capitaliste du « développement séparé » et distribuée selon la logique du
« deux poids deux mesures ».
Échapper aujourdhui aux différents nihilismes par des rencontres franco-tunisiennes, ce ne serait pas
seulement comme on la fait jusquà présent échanger sur les points particuliers que chacun dentre nous
sacharne à tenir mais examiner comment, pour chacun de nous, la rencontre de lautre pays, de lautre peuple,
de lautre langue, de lautre culture, de lautre histoire constitue une ressource neuve, une occasion de sortir
des places réparties et de créer une faille dans lenfermement sociologique et national, une brèche dans lim-
monde par laquelle une lumière peut percer.
En partant de nos propres existences, nos propres pratiques auxquelles peuvent sassocier celles et ceux qui
éprouvent également la nécessité de mettre les relations internationales entre personnes, groupes, peuples sous
le signe créateur de la rencontre, ici les rencontres franco-tunisiennes, et qui découvrent dans leur expérience
ce quelle leur a apporté mais aussi ce quelle apporte aux relations elles-mêmes comme re-création
émergente dun monde commun. À quoi elle engage aussi.
Les intervenants structureront leur propos autour de leurs expériences propres :
du ou des moments particuliers de la rencontre de lautre monde (franco/tunisien) ;
de ce quelle a apporté, ajouté, fait découvrir, dans son comportement et sa vision du monde ;
de ce quelle représente dans lavènement dun monde commun personnifié par de nouveaux rapports
franco-tunisiens.
Présentation des interventions
Samedi 8 novembre
9h : Hayet BEN CHARRADA Ouverture des Rencontres
Vidéo
11h : François NICOLAS - Rencontres, peuples, hétérophonies : une proposition
Si, en raison du colonialisme français, nos deux pays n’ont pas de vraie histoire commune et nos deux
peuples pas de vraie mémoire commune, comment nos rencontres peuvent-elles aujourd’hui leur
imaginer un futur émancipateur commun ? Et si un tel imaginaire n’est pas une fuite impuissante dans
l’utopie, comment symboliser cette émancipation imaginaire pour en réaliser les premiers pas ? En ce
point, je proposerai une formalisation artistique (une mise en forme « hétérophonique ») d’une telle
potentialité collective. Vidéo | Texte | Diapos
14h30 : Rudolf DI STEFANO Anatomie de la rencontre
La destruction de Carthage par Rome et l’échec amoureux de Didon et Énée sont deux célèbres non-
rencontres qui se sont avérées des désastres. Comment revenir sur cette histoire à la lumière des
dévastations coloniales d’hier et d’aujourd’hui, ainsi que du doute contemporain quant à la valeur de
l’amour ? Comment frayer un chemin parallèle qui ne désespère pas des possibilités de la rencontre et
de l’ardue fidélité qui en découle ? Pour répondre à ces deux questions : une enquête sur mon rapport à
l’amour et à la Tunisie. Vidéo
16h30 : Hayet BEN CHARRADA La rencontre scolaire des langues arabo-françaises en Tunisie
coloniale et post-coloniale comme relais d’émancipation
En retenant dans le concept de rencontre l’idée majeure de dynamique interactionnelle productive entre
personnes, cultures, langues, etc., générant un champ d’émulation créative ; il s’agit de montrer de
quelle(s) façon(s), par-delà les raisons communes d’utilité professionnelle ou autre, l’imprégnation à un
niveau conséquent de subtilité des deux langues et cultures arabo-françaises par une certaine élite
tunisienne a fait de cette dernière un corps de penseurs phares ayant engagé leur pays dans une voie de
réhabilitation à divers niveaux y compris politique.
Vidéo
Dimanche 9 novembre
9h : Alain RALLET - Des rencontres à la fidélité
Des rencontres avec la Tunisie, j’en ai eu plusieurs de différentes natures. Avec des amis militants, puis
avec un pays, puis avec d’autres amis, des amies rencontrées dans le cadre de nouvelles rencontres. Au
bout de ces rencontres successives, il sort comme une fidélià ce pays, au nom Tunisie. Une fidélité
insoupçonnée. Non pas à un drapeau, un territoire et encore moins à un État, mais à des rencontres
incarnées qui m’ont donné le sentiment de partager quelque chose d’impalpable et en même temps
d’essentiel avec ce peuple d’un bout d’Afrique. Mais que fait-on d’une fidélité ?
Vidéo
11h : Habib KAZDAGHLI - Raconter le passé de la diversité : enrichissement ou blanchiment ?
Partant d’une expérience éditoriale en cours, (six volumes de la collection Tunisie plurielle), déjà
publiés par les éditions Santillana (Tunisie), nous comptons revenir, dans notre propos, sur l’expérience
du cosmopolitisme pratiquée en contexte colonial. Nous nous interrogerons dans quelle mesure le retour
aujourd’hui, pour raconter le passé de la diversité, pourrait constituer un socle d’enrichissement d’une
identité de plus en plus unique et un élan pour des solidarités futures ouvertes ou au contraire, une voie
fausse, pour le blanchiment de rapports inégaux ?
Vidéo
14h30 : DISCUSSION GENERALE Perspectives des Rencontres
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