Aujourd’hui, les rapports franco-tunisiens ordinaires se déploient essentiellement sous le signe de l’échange :
échanges économiques, universitaires, sportifs et touristiques. Nos initiatives voudraient s’inscrire sous un
autre signe que celui de l’échange : celui de la rencontre.
Déjà, si chacun de nous se trouve personnellement engagé dans ce projet, c’est bien parce que pour lui l’histoire
générale franco-tunisienne ou tuniso-française a pris un tour particulier par la rencontre – la découverte –
d’une ressource inattendue : chez des gens ou des groupes de l’autre pays, dans une autre culture et une autre
histoire, dans une autre langue et une autre religion, dans d’autres métiers ou d’autres manières de pratiquer le
même métier, etc.
Ici, la rencontre – rencontre entre personnes, entre groupes, entre peuples, entre pays, entre cultures et entre
langues - échappe au donnant-donnant propre à l’échange de choses désirables. La rencontre élargit le monde
quand l’échange fait circuler ce qu’il y a déjà dans le monde. La rencontre révèle qu’il n’y a pas que ce qu’il
y a car il y a, en sus des échanges de choses existantes, des ressources potentielles d’émancipations
individuelles et collectives.
Notre monde contemporain a précisément besoin de telles rencontres principalement parce qu’il n’y a plus
guère aujourd’hui d’autre monde commun à l’humanité que celui, physique, des catastrophes naturelles et
celui, militaire, des pillages et des guerres. En un sens, il n’y a plus de monde commun puisque la Terre est
désormais séparée par l’apartheid capitaliste du « développement séparé » et distribuée selon la logique du
« deux poids deux mesures ».
Échapper aujourd’hui aux différents nihilismes par des rencontres franco-tunisiennes, ce ne serait pas
seulement comme on l’a fait jusqu’à présent échanger sur les points particuliers que chacun d’entre nous
s’acharne à tenir mais examiner comment, pour chacun de nous, la rencontre de l’autre pays, de l’autre peuple,
de l’autre langue, de l’autre culture, de l’autre histoire constitue une ressource neuve, une occasion de sortir
des places réparties et de créer une faille dans l’enfermement sociologique et national, une brèche dans l’im-
monde par laquelle une lumière peut percer.
En partant de nos propres existences, nos propres pratiques auxquelles peuvent s’associer celles et ceux qui
éprouvent également la nécessité de mettre les relations internationales entre personnes, groupes, peuples sous
le signe créateur de la rencontre, ici les rencontres franco-tunisiennes, et qui découvrent dans leur expérience
ce qu’elle leur a apporté mais aussi ce qu’elle apporte aux relations elles-mêmes comme re-création
émergente d’un monde commun. À quoi elle engage aussi.
Les intervenants structureront leur propos autour de leurs expériences propres :
du ou des moments particuliers de la rencontre de l’autre monde (franco/tunisien) ;
de ce qu’elle a apporté, ajouté, fait découvrir, dans son comportement et sa vision du monde ;
de ce qu’elle représente dans l’avènement d’un monde commun personnifié par de nouveaux rapports
franco-tunisiens.
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Présentation des interventions
Samedi 8 novembre
9h : Hayet BEN CHARRADA – Ouverture des Rencontres
Vidéo
11h : François NICOLAS - Rencontres, peuples, hétérophonies : une proposition
Si, en raison du colonialisme français, nos deux pays n’ont pas de vraie histoire commune et nos deux
peuples pas de vraie mémoire commune, comment nos rencontres peuvent-elles aujourd’hui leur
imaginer un futur émancipateur commun ? Et si un tel imaginaire n’est pas une fuite impuissante dans
l’utopie, comment symboliser cette émancipation imaginaire pour en réaliser les premiers pas ? En ce
point, je proposerai une formalisation artistique (une mise en forme « hétérophonique ») d’une telle
potentialité collective. Vidéo | Texte | Diapos
14h30 : Rudolf DI STEFANO – Anatomie de la rencontre
La destruction de Carthage par Rome et l’échec amoureux de Didon et Énée sont deux célèbres non-
rencontres qui se sont avérées des désastres. Comment revenir sur cette histoire à la lumière des
dévastations coloniales d’hier et d’aujourd’hui, ainsi que du doute contemporain quant à la valeur de
l’amour ? Comment frayer un chemin parallèle qui ne désespère pas des possibilités de la rencontre et
de l’ardue fidélité qui en découle ? Pour répondre à ces deux questions : une enquête sur mon rapport à
l’amour et à la Tunisie. Vidéo