François NICOLAS

[ Catalogue | Bibliographie ]

 


Erkennung

[ 1999-2000 ]

pour Grand Orgue Cavaillé-Coll

(30' environ)

Éditions Jobert

 

Erkennung [Reconnaissance]

I. Irgendeinwerdung * [Devenir quelconque]

Prélude (5')

 

II. Anklang [Réminiscence]

Choral (4' 45")

 

III. Veränderung [Variation]

Fantaisie (9' 15")

 

IV. Wiederholung [Reprise]

Choral (4' 30")

 

V. Vergleichgültigung * [Devenir équivalent]

Finale (6' 30")

* néologismes

 


I. Prélude : Première page

II. Choral 1 : Première page

III. Fantaisie : Première page

IV. Choral 2 : Première page

Dernière page

V. Finale : Dernière page

Création (Notre-Dame de Paris) par Jean-Luc Étienne, avec des peintures de Daniel Seret :

o      Mouvement I

o      Mouvement V


Notes d'exécution

 

· Les cinq mouvements sont à enchaîner.

  Cependant chacun des quatre derniers mouvements II à V peut être joué séparément.

  Si l'on joue séparément le choral Wiederholung (IV), on ne procèdera pas à la fermeture de la soufflerie indiquée sur le dernier accord.

  Si l'on joue le finale Vergleichgültigung (V) sans provenir du mouvement précédent (IV), on n'ouvrira pas la soufflerie sur la première note.

 

· L'oeuvre est destinée à un Cavaillé-Coll.

  La notation est proposée pour un orgue de base à trois claviers.

  Les indications de jeux restent minimales en sorte de laisser l'interprète l'adapter à chaque orgue particulier.

  De même les indications dynamiques fixent une intention dont la réalisation concrète dépendra des possibilités de chaque instrument et relèvera des choix de l'exécutant.

 

· Les altérations valent uniquement pour la note qu'elles affectent. Les bécarres sont de courtoisie.

 

· Les petites notes isolées doivent être attaquées avant le temps.

 

· Au pédalier, le 8° indique que les jeux de 16 (et éventuellement de 32) pieds prévalent sur ceux de 8.

Le simple 8 indique la subordination d'éventuels jeux de 16 (et 32) pieds à ceux de 8.

Pour les claviers, on s'est contenté d'une écriture habituelle en tablature, ne tenant donc pas compte d'absence éventuelle des jeux de 8 pieds.


Notes de programme

 

Erkennung (ou reconnaissance en allemand) a été composé en 1999-2000 en réponse à l'amicale sollicitation de Jean-Pierre Leguay, organiste de Notre-Dame de Paris. L'oeuvre, composée pour un Grand Orgue de facture Cavaillé-Coll, s'inscrit dans la tradition de la symphonie pour orgue. Elle comporte cinq mouvements enchaînés d'une durée totale de trente minutes.
· Le premier mouvement (5') prélude à l'ensemble : prenant naissance dans un fond bruiteux, il déploie une spirale précipitée, large guirlande tressée de gestes que l'on retrouvera dans les autres parties.
· Le deuxième mouvement (5') est un choral prenant appui sur un vaste cantus firmus en double pédale.
· Le troisième mouvement (9') est une fantaisie qui enchaîne, tel un rondeau varié, cinq types d'écritures et de gestes.
· Le quatrième mouvement (4') est un second choral dont le cantus firmus est extrait des
Variations sur un récitatif de Schoenberg. Ce mouvement se conclut sur une citation d'un choral de Bach.
· Le dernier mouvement (7') conclut l'ensemble dans l'esprit d'une toccata ; celle-ci, jaillissant d'un bruit générateur (repris du Prélude), vient contrepointer cette logique harmonique de choral qui traverse toute l'oeuvre.

L'orgue ici privilégié (un Cavaillé-Coll) est un terreau propice à cette hantise harmonique qui habite l'admirateur que je suis des oeuvres pour orgue de Bach, de Liszt, de Franck mais également de la première symphonie de Vierne. Il m'a semblé en effet qu'il était encore possible d'écrire pour l'orgue-chaudron, pour la grande machine pneumatique de l'orgue-volcan dont la lave en fusion bouillonne sous la croûte cendrée avant de projeter ses embrasements au grand air. Si la place d'instrument symphonique qu'occupait le grand orgue est plutôt tenue de nos jours par le synthétiseur, il m'a semblé cependant qu'il y avait toujours parti musical à tirer d'une harmonie éruptive où viennent éclater, en surface du magma sonore, ces bulles incandescentes venues de sourdes profondeurs.

Pour un compositeur, écrire de la musique, c'est s'assurer que tiennent quelques connexions du monde, que valent quelques enchaînements là où règne pour lui le risque permanent d'une dislocation et d'une dispersion pulvérulente : ainsi, pour le musicien, le mot harmonie nomme la coexistence courageusement forgée de tendances hétérogènes et centrifuges.
La recherche d'un rythme harmonique de type nouveau se déploie ici - je l'espère - loin de toute nostalgie : la citation d'un choral dans le style de Bach à la fin du quatrième mouvement éclaire l'époque tonale révolue comme « enfance » tendrement naïve, désormais outrepassée par cette ère « adulte » de la musique qu'Arnold Schoenberg a su engager.
Il s'agit également ici de composer de la musique non pas en développant (et donc en altérant une identité première) mais en variant (et configurant la possibilité d'une
reconnaissance). D'où l'idée, qui traverse toute l'oeuvre, d'une première fois qui puisse également se découvrir comme étant un retour, ainsi que celle, inverse et directement inspirée de Kierkegaard, d'une reprise s'avérant première rencontre. Ainsi, là où l'ordre chronologique naturel s'avère déformé (replié-déplié), la musique affirme d'autant mieux son temps singulier : celui de l'écoute.

Erkennung est une commande de Radio-France

François Nicolas (mai 2003)


I. Prélude : Première page

II. Choral 2 : Première page

III. Fantaisie : Première page

IV. Choral 2 : Première page

IV. Choral 2 : Dernière page

V. Finale : Dernière page (de l'oeuvre)